
C’est un drôle de paradoxe. Alors que le chômage des jeunes reste particulièrement élevé puisqu’il atteint 17,2% en moyenne pour les 15-24 ans en 2023 en France selon l’Insee, les métiers de la fonction publique d'État ont un mal fou à recruter les moins de 30 ans. Selon un rapport de la Cour des Comptes publié ce vendredi 6 juin, l’âge moyen d’entrée dans les services publics nationaux a bondi à 33 ans en 2022, contre 25 ans en 2010, et 21 ans en 1980. Soit un écart de plus d’une dizaine d'années avec l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail, situé autour de 22 ans. «Une partie de cet écart s’explique par des entrées de profils ayant eu des expériences professionnelles préalables dans le privé ou dans les autres fonctions publiques, ce qui constitue une évolution forte», expliquent les Sages de la rue Cambon dans le rapport.
Mais l’expérience des jeunes dans le privé est loin d'être la seule raison qui explique les difficultés de la fonction publique à attirer les moins de 30 ans. En effet, selon la Cour des comptes, les métiers de la fonction publique peinent à répondre aux nouvelles attentes des jeunes, caractérisées par une recherche de sens dans leur travail et la volonté d'œuvrer dans l'intérêt général. Par ailleurs, les jeunes ont davantage d’appétence pour des modèles souples d’organisation du travail, permettant de mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle, et pour des relations professionnelles plus collaboratives et moins hiérarchisées. Ces aspirations peuvent se heurter à la représentation qu’ils en ont ou à la réalité des pratiques de la fonction publique de l’État.
Des embauches précaires pour les jeunes
Autre grief adressé par la Cour, les modes de recrutement de la fonction publique ont profondément évolué ces dernières années, à tel point que 71,4% des nouvelles recrues sont embauchées sous contrat de droit public, et non plus comme fonctionnaires (seulement 21,3%). Autrement dit, l’État s’appuie massivement sur des embauches précaires et ne parvient plus à fidéliser les jeunes recrues. Pour preuve, seulement 38% des contractuels de moins de 25 ans sont toujours en poste deux ans après leur recrutement, contre 91% des jeunes fonctionnaires. «Les débuts de parcours des jeunes accédant aux emplois de l’État, majoritairement dans le cadre d’un contrat temporaire (près de 90 % de la première embauche des jeunes), plus rarement avec le statut de fonctionnaire, se révèlent moins stables et plus tardifs que pour les générations antérieures», regrette la Cour.
Pour améliorer la situation, la Cour des comptes recommande notamment à l’Etat de construire une stratégie spécifique pour les jeunes. Cela passe par une meilleure planification de ses besoins, des parcours d’intégration pensés pour les moins de 30 ans, et une évaluation rigoureuse des dispositifs existants. Car, sans ce virage, la fonction publique pourrait bien rater le coche d’un renouvellement générationnel devenu vital.



















