La suspension de la réforme des retraites est-elle une option viable pour sortir la France de la crise politique et éviter les censures en tous genres ? C’est ce que pense Elisabeth Borne, qui dans un entretien accordé au Parisien le 7 octobre, jugeait que «dans le contexte actuel, pour avancer, il (fallait) savoir écouter et bouger». Il faut dire que la mesure est devenue pour une partie de l’opposition, la gauche et le RN en tête, un prérequis à la poursuite de négociations.

Mais une suspension de la réforme et un âge légal de départ bloqué à 63 ans serait loin d’être une bonne idée, à en croire Edouard Philippe et son parti Horizons. «Toucher au cœur de la réforme, ce serait un véritable problème financier», laisse entendre un membre de l’entourage de l’ancien Premier ministre auprès de CNews. Edouard Philippe, qui se serait entretenu avec Sébastien Lecornu, se serait montré ouvert à des discussions pour «améliorer la situation des femmes actives et la prise en compte de la pénibilité», toutefois, il ne veut pas de «suspension de la réforme Borne».

Le socle commun et la droite opposés à une suspension

Depuis cette annonce, de nombreux membres du socle commun se sont étonnés, voire offusqués d’une possible suspension de la réforme, sans concertation au préalable. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet a même fait part de sa «gêne» quant à une telle initiative. Toujours selon l’entourage d’Edouard Philippe, «le pays ne peut pas se le permettre». Cette hypothèse est également réfutée à droite, Bruno Retailleau y étant formellement opposé.

Mercredi, c’est le ministre de l’Economie démissionnaire, Roland Lescure, qui a mis en garde contre une suspension de la réforme, jugeant que sa «modification coûterait des milliards en 2027». Rappelant qu’il était souvent «facile de mettre des ‘plus’ dans l’atmosphère, face à des ‘plus’ il va falloir des ‘moins’». Surtout, des «concessions» sont possibles, il mettait en garde : «Elles auront toutes un prix et il faudra les financer !»

Au sortir d’une réunion avec le Premier ministre, les cadres du Parti socialiste ont rappelé qu’ils n’étaient ressortis avec «aucune assurance sur la suspension» de la réforme des retraites. Ancien soutien d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe l’avait invité à organiser «dignement» sa démission afin de «sortir de la crise» et surtout à organiser une élection présidentielle anticipée une fois que le budget serait adopté.