Fracture ou simple passe d’armes entre le gouvernement et Bernard Arnault ? En tout état de cause, les droits de douane américains sur les importations européennes crispent les uns et les autres. Devant les actionnaires de LVMH jeudi 17 avril, et quelques jours après l’annonce de résultats en demi-teinte pour le géant du luxe, Bernard Arnault a mis en garde l’Europe : si aucun accord n’est trouvé sur les droits de douane dans les semaines à venir, alors il «augmentera (ses) productions américaines».

Le patron du numéro un du luxe allait même plus loin en mettant en cause l’Europe : «Il ne faudra pas dire que c'est de la faute des entreprises. Ce sera la faute de Bruxelles si cela devait arriver.» Une sortie qui n’a guère plu au ministre de l’Economie. Interrogé par BFMTV en marge d’un déplacement en Seine-Saint-Denis, Eric Lombard a assuré qu’il ne «commentait pas» les petites piques des uns et des autres, et d’ailleurs que «la liberté d’expression est totale» en France. Toutefois, le locataire de Bercy a voulu faire passer plusieurs messages.

Eric Lombard demande de l’unité et la solidarité

Le premier est que l’Europe «est très unie dans cette période de difficulté». Eric Lombard a tenu à préciser que le Vieux Continent était représenté par un commissaire européen (Maroš Šefčovič, ndlr) «qui fait des allers-retours fréquents à Washington et qui a toute autorité, le talent et l’expérience pour négocier avec les Américains». Selon le ministre français, si les choses «n’avancent pas aujourd’hui, c’est que les interlocuteurs [américains] n’ont pas reçu mandat de leur président».

Mais Eric Lombard a lancé une petite pique non voilée au patron de LVMH en lui rappelant que ce dossier des droits de douane était «difficile» et qu’il demandait de «la détermination, de la lucidité et de l’unité». «Et l’unité européenne, elle est très grande», a-t-il ajouté.

Le ministre de l’Economie a enfoncé le clou dans la foulée : «C’est une période qui demande l’unité de la nation, l’unité des Européens, nous devons être solidaires.» Il a rappelé enfin qu’il se rendrait à Washington dans le cadre du FMI et du G7 dans les jours à venir. Un nouvel épisode entre Bernard Arnault et le gouvernement, alors que fin janvier, le milliardaire avait critiqué la surtaxe sur les grandes entreprises souhaitée par l'exécutif.