Qui rejoindra les rangs du mouvement «Tout bloquer» le 10 septembre ? Lancé sur les réseaux sociaux, en dehors des centrales syndicales et sans chef de file, ce mouvement citoyen appelait au «boycott» et à la «grève générale» contre le projet de budget du gouvernement de François Bayrou, prévoyant 44 milliards d’euros d’économies et la suppression de deux jours fériés. «Le 10 septembre 2025, la France se confine. Ce jour-là, nous ne sortirons pas. Pas de travail, pas d’école, pas d’achat. Juste le silence d’un peuple qui reprend son pouvoir.» Tel était le message initial publié en juillet sur TikTok par le compte souverainiste «Les essentiels».

Et malgré la chute de François Bayrou et sa démission présentée à Emmanuel Macron, de nombreuses initiatives d'une mobilisation citoyenne inquiètent les autorités. L'appel a d'ailleurs été repris par plusieurs figures des «gilets jaunes», mouvement auquel il fait écho, mais aussi par des personnalités issues de l’extrême droite, puis relayé à gauche.

LFI et Ecologistes appellent à rejoindre le mouvement

A l’approche de la rentrée politique, le soutien au mouvement de boycott se fait de plus en plus entendre. Dans un texte publié mi-août dans La Tribune Dimanche, La France insoumise (LFI) a appelé «tous ceux qui partagent nos principes et notre volonté d’action pour en finir avec le gouvernement Bayrou (à) se mettre immédiatement au service des collectifs locaux qui proposent cette mobilisation et à tout faire pour sa réussite».

Les Insoumis ont été rejoints par la cheffe de file des écologistes, Marine Tondelier, qui a déclaré dans Libération le 20 août que «l’avenir de notre pays se joue dans (les) mouvements d’ampleur annoncés à la rentrée». Elle refuse toutefois toute «récupération» politique afin de ne pas «tout gâcher en organisant une compétition de nombre de drapeaux» le 10 septembre.

80 000 gendarmes et policiers mobilisés dans toute la France

Face à ce mouvement à l'issue incertaine, le ministre de l'Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau a indiqué lors d'un point de presse que des forces de sécurité seront déployées dès mardi soir «sur des zones sensibles», promettant une «tolérance zéro». Il avait annoncé dès lundi soir que quelque «80 000 gendarmes et policiers» seraient mobilisés. Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, a dit mardi s'attendre à des «actions coups de poing», blocages voire sabotages, mais ne pas penser «que ce mouvement mobilise la société civile».

Quels rassemblements et défilés dans les rues ?

Plusieurs responsables de la CGT seront rassemblés mercredi dès 09h30 devant le ministère du Travail, à l'initiative de ses fédérations du commerce et de la chimie. De premiers cortèges sont prévus à Rennes et Nantes dès 11h. Les unions départementales parisiennes de la CGT, FSU et de Solidaires se sont donné rendez-vous dès 13h dans le centre de la capitale, place du Châtelet. A 14h30, une manifestation est annoncée à Toulouse.

Quelle mobilisation des étudiants et des lycéens ?

Près de 30 universités françaises organisaient mardi à la mi-journée leurs assemblées générales pour décider de leurs actions mercredi. Sur le campus Jussieu à Paris, une assemblée de plusieurs centaines de personnes a voté un rassemblement devant ce site mercredi matin. Mais l'option d'un blocage, soumise au vote, n'y a rassemblé que quatre voix pour. Les étudiants parisiens convergeront vers la place de la Sorbonne pour aller ensuite place du Châtelet à la mi-journée, où un rassemblement syndical est prévu.

«On a bien tous vu que le gouvernement de Bayrou est tombé hier. Comment est-ce qu'on fait pour que tombent avec lui les politiques qu'il mène contre les étudiants et les étudiantes?», s'est demandée Eloise Lefebvre Milon, co-secrétaire générale de l'Union étudiante. La direction de Sciences Po a indiqué que ses sites à Paris et dans les régions resteraient fermés mercredi, avec des enseignements assurés à distance. Côté lycées, «on doit prendre part à ce mouvement social, parce qu'on est les premiers et les premières concernés par le budget», explique Sofia Tizaoui, présidente de l'Union syndicale lycéenne, premier syndicat lycéen, qui a appelé au blocage des lycées.

Des perturbations sont également à prévoir dans les services administratifs, l’accueil des crèches et des écoles, les restaurants scolaires, ainsi que dans les équipements sportifs, culturels et de loisirs publics.

Situation contrastée dans les transports

Dans l'Ouest, les citoyens mobilisés se donnent rendez-vous dès 6 heures du matin mercredi dans la perspective de bloquer les rocades de Rennes et Nantes. Des actions similaires ou des barrages filtrants sont également annoncés dans les boucles de messagerie à Brest, Vannes ou Caen. A Paris, dès minuit dans la nuit de mardi à mercredi, des militants prévoient de bloquer plusieurs portes du périphérique (La Chapelle, Bagnolet, Montreuil, Italie, Orléans notamment) et de poursuivre leurs blocages dans la matinée.

Des incendies volontaires d’artères de câbles ont été commis au cours de la nuit et perturbent notamment la ligne Toulouse-Auch. Le trafic est ainsi interrompu pour la journée. Il est également très perturbé entre Marmande et Agen, rapporte le ministère chargé des Transports. Plusieurs exactions ont aussi été relevées comme le cadenassage d’une grille d’accès en région parisienne, des jets de pétards sur la voie entre Angers et Ancenis, ou encore le dépôt d’un arbre sur la voie entre Roanne et Saint-Germain-au-Mont-d’Or.

Dans la matinée également, plusieurs assemblées générales se sont tenues dans les gares parisiennes (gares du Nord et de Lyon). Dans les transports en commun, les Intercités, RER et Transiliens sont plus affectés que les TGV, métros, tramways ou bus parisiens : toutes les prévisions dans les transports sont d'ailleurs à retrouver ici. Si le trafic des transports en commun en Île-de-France est relativement stable (le RER B et les lignes de bus circulent presque normalement), des incidents de tentatives de blocages de tramway ont tout de même été constatés. Quant au Transilien, son trafic est globalement perturbé. Enfin, des situations externes à l’avion civile impactent l’accès à certains aéroports à Nantes, Toulouse et sur l’Île de la Réunion.

Les pharmaciens appelés à fermer leurs officines le 18 septembre

«La trahison est actée, la colère des pharmaciens n'en est que décuplée», ont dénoncé les principaux syndicats du secteur le 6 août dans un communiqué commun cité par l’AFP. Après une première journée de grève le 16 août, la mobilisation se poursuit à la rentrée : l’intersyndicale prévoit une fermeture des pharmacies le 18 septembre, puis «tous les samedis à compter du 27 septembre».

Cette décision fait suite à un arrêté publié au Journal officiel abaissant, dès le 1er septembre, le plafond des remises accordées par les laboratoires sur les médicaments génériques de 40% à 30%, afin de réduire les marges des pharmacies. «Le gouvernement a engagé une lutte à mort contre les pharmaciens, nous jetterons toutes nos forces dans cette bataille», a averti l’intersyndicale, qui appelle à un rassemblement devant le Parlement en septembre. Le gouvernement vise 1,7 milliard d’euros d’économies sur les dépenses de santé en 2025, dont 500 millions concernant les médicaments.

Hôpitaux de l’AP-HP : cinq syndicats ont appelé à la grève

Les pistes d’économies dévoilées en juillet par François Bayrou ont suscité une vive inquiétude chez les soignants. Face à une «dégradation sans précédent» des hôpitaux de l’AP-HP, cinq syndicats (CGT, FO, UNSA, CFTC, CFDT) appellent à une grève générale le 10 septembre. Le mouvement, qui pourrait concerner les 100 000 agents des 38 hôpitaux franciliens, coïnciderait avec la contestation nationale prévue ce jour-là.

Chaque établissement devait voter sa participation avant une assemblée générale. Les syndicats dénoncent une «attaque frontale» contre le système de santé : hausse de la franchise médicale, extension des soins ambulatoires, «année blanche», et non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois.

Blocages sur des sites industriels et plateformes logistiques

Commerces, raffineries, hôpitaux, éboueurs, usines ... De nombreux salariés ont prévu de bloquer des entreprises. Le géant Amazon pourrait être perturbé par un piquet de grève sur le site de Brétigny-sur-Orge (Essonne), à partir de 12h. A Dunkerque, une grève est prévue chez ArcelorMittal, qui a annoncé ces derniers mois un important plan de licenciements.

Les salariés des raffineries de Gonfreville-L'Orcher, près du Havre (Seine-Maritime), Donges (Loire-Atlantique), et Feyzin (Rhône), toutes trois exploitées par TotalEnergies, sont appelés «à cesser le travail le 10», a indiqué à l'AFP Eric Sellini (CGT).

En Seine-Maritime, la CGT appelle également les salariés du secteur à rejoindre le piquet de grève près de la centrale nucléaire de Paluel. Au sud de Rouen, l'usine Ampère de Renault, plus gros employeur de la région, sera en grève. A l'appel de la CGT, les éboueurs ont déposé au moins une quinzaine de préavis de grève dans diverses régions de France, «principalement dans les zones rurales».

Quitter les grandes surfaces sans payer ses courses

Le mouvement encourage également une grève de l’utilisation des cartes bancaires. Généralement, les banques font partie des institutions ciblées lors des mouvements de protestation. Ainsi, celui du 10 septembre encourage les Français à effectuer des retraits massifs afin de perturber le fonctionnement des banques, rapporte MoneyVox.

Dans le même temps, certains appellent à mener une opération «chariots gratuits». Elle consiste à quitter les grandes surfaces sans payer ses courses, explique Actu.fr. «Quand la consigne des extrêmes est de rentrer dans un supermarché, de sortir sans payer, ça s'appelle du vol», assure Thierry Cotillard, patron du Groupement Mousquetaires/Intermarché. «J'en appelle vraiment au civisme des manifestants pour que ce genre d'incident ne se produise pas», ajoute le dirigeant.

Deux rendez-vous à ne pas manquer

Mercredi 10 septembre : appel au blocage
Le collectif citoyen «Bloquons tout» appelle à une mobilisation nationale. Soutenu par LFI, écologistes et communistes, le mouvement vise une «grève générale» contre l’austérité.

Jeudi 18 septembre : nouvel appel à la grève qui devrait être notamment très suivi dans le secteur des transports.