Les administrations publiques paient-elles trop cher leurs fournitures ? La question se pose dès lors que certaines entreprises sont accusées de surfacturer leurs services auprès des collectivités locales. Selon un article d'Europe 1 publié le 29 octobre 2023, les prix affichés dans les catalogues destinés aux agents publics seraient parfois bien supérieurs à ceux des magasins traditionnels. Certaines entreprises sont particulièrement pointées du doigt parce qu'en situation de quasi-monopole sur certains secteurs.

Stéphanie von Euw, maire LR de Pontoise, dénonce auprès de nos confrères ce qu’elle appelle un « racket organisé des collectivités locales ».« On est en train de refaire la salle du conseil municipal, pour les lumières dans le commerce, vous avez l’applique autour de 90 euros. Nous, on va la payer 500 euros l’unité ! Juste parce que nous sommes une collectivité locale. On est vraiment rincés, avec des pratiques totalement abusives», peste-t-elle.

Des fournisseurs en position dominante

Selon l’élue, cette pratique serait généralisée, touchant aussi bien les achats du quotidien que les travaux d’ampleur. Certaines entreprises seraient particulièrement pointées du doigt en raison de leur quasi-monopole, comme le groupe Mediascience, propriétaire des sociétés Sordalab ou Jeulin, incontournables dans le domaine du matériel scolaire scientifique.

Cependant, Edward Jossa, PDG de l’UGAP, première centrale d’achat public en France, tempère ces accusations. Il estime que « c’est à l’acheteur public d’avoir le meilleur résultat ». « On est en train de comparer les prix du secteur privé, qui peuvent être négociés, renégociés à tout moment, avec des remises, des déstockages, avec des prix publics qui sont des résultats d’appels d’offre.», explique-t-il. Le dirigeant rappelle également que les cahiers des charges des appels d’offres incluent des critères sociaux et environnementaux, ce qui peut faire grimper les prix.

Un manque d’expertise coûteux

Asli Sahin, experte en achat public, souligne un manque d’expertise dans le secteur public. Selon elle, le métier a fortement évolué depuis 2019, et la montée en compétences n’a pas toujours pu être réalisée dans les collectivités. Selon elle, « certaines entreprises peuvent connaître ces lacunes que l’on peut retrouver dans le secteur public et pratiquer des prix plus élevés qu’ils pourraient le faire ou qu’ils le font déjà sur le secteur privé ».

Ces lacunes coûtent cher. Selon un rapport de l’Inspection générale des finances, une meilleure efficacité permettrait d’économiser au moins cinq milliards d’euros. Interrogé par Le Parisien à ce sujet, le ministre des Comptes publics, Laurent Saint-Martin, n’exclut pas d’ajouter ce point à la liste des économies à réaliser pour redresser les finances du pays.