Le 29 avril dernier, la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet lançait un grand colloque consacré à l’emploi des 50 ans et plus. Objectif affiché : «changer les pratiques, changer la loi et changer les regards» sur ces «salariés expérimentés». Car en la matière, la France est une bien mauvaise élève : seules 35% des personnes âgées de 60 à 64 ans sont encore en activité. Un chiffre bien en deçà de nos voisins allemands, où ce taux atteint 61%. Pour la ministre, ce décalage est tout sauf anodin : «Depuis les années 1980, nous nous sommes trop souvent accommodés de voir des femmes et des hommes sortir du marché du travail dès 50 ans. C’est un immense gâchis humain, social, et économique», alertait-elle lors de la présentation de son initiative, organisée au ministère du Travail.

Et les chiffres lui donnent raison. Publiée ce 13 mai, la dernière édition de l’enquête «Le travail en transitions» réalisée par le cabinet Elabe pour l’Unédic - l’organisme qui gère le régime de l’assurance chômage - peint une réalité peu reluisante des préjugés dans le monde professionnel. «On est [ainsi] considéré comme senior à partir de 52 ans dans une entreprise», a résumé Adrien Smid, chargé de l’enquête, lors d’un webinaire de présentation à la presse. D’autant qu’un salarié sur quatre a dépassé cet âge. «Pour le dire autrement, de 52 ans à la retraite, c’est aujourd’hui un quart de la vie d’un actif.» Mais le regard au bureau est-il particulièrement dur à l'égard de ces travailleurs ? Il faut croire que oui. Car «si les actifs estiment que l’on devient senior dès 52 ans en entreprise, cet âge grimpe à 57 ans dans l’ensemble de la société», compare l’expert.

Une moindre productivité présumée chez les salariés expérimentés

Cela explique donc en partie pourquoi retrouver un emploi est si difficile passé la cinquantaine. A ce sujet, une étude de l’Unédic publiée le 10 avril montre que c’est à partir de 56 ans qu’il devient beaucoup plus difficile de retrouver un emploi stable. Une barrière à l’embauche, souvent injustifiée, alors même que les seniors sont perçus par leurs pairs comme un vivier de talents : plus de la moitié (55%) des actifs les considèrent comme un atout pour l’entreprise. A l’inverse, seuls 8% pensent qu’ils représentent un handicap.

Pourquoi une telle dissonance ? La faute aux clichés persistants, notamment de la part des employeurs, qui considèrent souvent les seniors comme des salariés moins investis ou moins productifs. Pour ainsi espérer «changer les regards», le ministère du Travail a annoncé le lancement d'une vaste campagne de communication. «Il y a une place pour tous dans le monde du travail», martèle-t-il. Reste à patienter jusqu’au mois de juin, date du coup d’envoi de l’opération.