Jamais deux sans trois, dit-on. C’est bien vers une troisième année consécutive de destruction d’emplois que le bâtiment s’achemine, et à un rythme qui s’accélère. Le secteur devrait perdre 30 000, voire 35 000, postes de salariés et intérimaires équivalents-emploi temps plein en 2025, prévient Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), lors d’un point de conjoncture, ce mercredi 10 septembre. La filière, qui fait travailler 1,7 million de personnes en France, a déjà supprimé 28 800 emplois en 2024, soit près de cinq fois plus qu’en 2023. La conséquence de la crise immobilière déclenchée par le quadruplement des taux de crédit en 2022 et 2023.

A la chute des ventes de logements neufs s’ajoute désormais le recul, inattendu, des travaux d’amélioration et d’entretien, qui représentent 57% de l’activité du bâtiment. Alors que la FFB tablait initialement sur une augmentation de 0,6% du chiffre d’affaires de l’amélioration-entretien cette année, elle anticipe à présent une baisse de 0,8%. «La succession de rabotages et de gels de MaPrimeRénov’ pèse lourdement dans ce retournement de tendance», tacle Olivier Salleron. En effet, les ménages désireux d’effectuer une rénovation énergétique d’ampleur de leur logement ne peuvent plus demander MaPrimeRénov’, la principale aide publique, depuis le 23 juin dernier, et jusqu’au 30 septembre prochain.

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Sans le bâtiment, pas de croissance économique

La situation ne risque guère de s’améliorer à la réouverture du guichet car les conditions d’éligibilité à MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur seront durcies. Et, à partir du 1er janvier 2026, l’isolation des murs et l’installation d’une chaudière biomasse, efficaces et relativement abordables, ne seront plus subventionnées par MaPrimeRénov’ dans le cadre des rénovations comprenant un geste unique de travaux. Cette dernière mesure, prévue par un décret et un arrêté publiés le 9 septembre, pour des questions budgétaires, est «terrible», juge Olivier Salleron.

Le patron de la FFB dénonce «une énorme gifle, infligée par des technocrates de Bercy qui n’ont jamais mis les pieds sur un chantier mais qui décident que ce n’est pas la peine de rénover les logements des plus modestes». Il s’agit également d’un «cataclysme pour nombre de petites entreprises de rénovation, qui avaient investi dans la formation de techniciens, et qui voient du jour au lendemain l’isolation des murs rayée de la carte», déplore-t-il. En formant le vœu que «le gouvernement qui sera formé par le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, remette en place» ces deux types de travaux dans le dispositif MaPrimeRénov’. «Sans le bâtiment, il n’y a pas de croissance économique» du pays, rappelle Olivier Salleron.

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