Quelques jours après l’annonce de sa vente à un fonds américain, l’affaire LMB Aerospace ne passe décidément pas auprès de certains partis politiques. Fleuron de l’industrie française, l’entreprise corrézienne fabrique notamment des ventilateurs destinés aux Rafale, aux Tigre d’Airbus, aux chars Leclerc ou encore au porte-avions Charles-de-Gaulle. Mais Loar Group va mettre la main dessus pour 400 millions d’euros. La France insoumise et le Rassemblement national ont très rapidement dénoncé cette cession la semaine dernière. Invité de BFMTV et RMC ce lundi 2 février, Jordan Bardella a fustigé une nouvelle fois cette opération.

«Ce qui s’est passé avec LMB est la preuve que le gouvernement n’a rien compris à la nécessité de la souveraineté et de la puissance», a répondu le président du Rassemblement national à Apolline de Malherbe. Et selon lui, malgré les discours du gouvernement, le coupable est tout trouvé : «On nous parle matin, midi et soir de puissance, de souveraineté et de réindustrialisation, or on s’aperçoit que depuis bientôt dix ans, Emmanuel Macron, et monsieur Lescure, ont été des liquidateurs. Ils ont vendu la France à la découpe», a-t-il dépeint de manière cinglante.

Jordan Bardella, Premier ministre, aurait bloqué la vente

Malgré cela, Roland Lescure l’a répété : le cadre de cette vente a été contrôlé. Assurant que la production serait maintenue en France, le locataire de Bercy a également évoqué un contrôle stratégique renforcé par l’Etat. Et selon lui, sur des dossiers comme LMB Aerospace, «il y a un sujet stratégique» et le gouvernement met donc «des conditions plus ou moins strictes. Les conditions sur LMB, elles sont extrêmement strictes», a-t-il martelé. Pas de quoi convaincre Jordan Bardella : «Si j’avais été Premier ministre, le gouvernement français se serait opposé à la vente de LMB», a-t-il assuré.

Pourtant, il n’y avait, semble-t-il, aucun candidat français au rachat. «Il n’y a pas d’usine désaffectée. LMB était la propriété d’un fonds d’investissement qui gère près de 50 milliards d’actifs qui s’appelle Tikehau», a-t-il rappelé au micro de BFMTV. Or, Tikehau «revend LMB 400 millions, soit une plus-value de 100% en moins de trois ans», a-t-il déploré.

Jordan Bardella veut protéger la souveraineté française

Mais alors, qu’aurait-il fallu faire ? «Compte tenu de la nécessité stratégique, d’avoir LMB dans le giron industriel français, pour nos armées, nos systèmes aériens (…) j'aurais utilisé les armes juridiques pour protéger la souveraineté de la France», a assuré le président du Rassemblement national, citant le chiffre de 1 500 entreprises françaises passées sous pavillon américain depuis 2014. Et de lancer : «Je ne me résous pas à ce que mon pays soit vendu à la découpe !»

Jordan Bardella a enfin cité le problème posé par l’extra-territorialité du droit américain : «Si demain, LMB qui équipe nos Rafale, est propriété d’une entreprise américaine, et qu’en vertu de l’extra-territorialité du droit américain, les Etats-Unis décident de mettre un veto sur les exportations de Rafale, au motif que ce pays qui accueillerait ces Rafale serait en conflit avec les Etats-Unis, on fait quoi ?», a-t-il demandé. Une question loin d’être réglée.