Les médecins entendent bien continuer leur grève pour faire entendre leur mécontentement. Dans le prolongement du mouvement de grève des médecins libéraux qui a débuté le lundi 5 janvier, médecins spécialistes, chirurgiens ou encore anesthésistes ont donné le coup d’envoi ce dimanche 11 janvier de leur mobilisation «Opération Bruxelles». Durant cinq jours, près de 2 500 professionnels du secteur sont partis en bus pour aller s’exiler temporairement dans la capitale belge, rapporte franceinfo.

«C’est le symbole du chemin que prennent de plus en plus de médecins et chirurgiens qui éprouvent des difficultés à travailler depuis quelques années», explique Ambroise Salin, chirurgien urologue qui participe à cette opération et qui, comme l’ensemble de ses confrères mobilisés, a suspendu toutes ses activités ainsi que «la gestion des urgences» pour les cinq prochains jours. Cette «Opération Bruxelles» fait suite à une mobilisation qui s’est déroulée samedi à Paris où près de 20 000 médecins selon les organisateurs ont défilé dans les rues de la capitale pour dénoncer certaines mesures jugées «autoritaires» présentes dans la loi de financement de la Sécurité sociale.

L’encadrement des dépassements d’honoraires dans le viseur des professionnels de santé

Les médecins s’inquiètent en effet de plusieurs dispositifs présents dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, de même que de plusieurs textes à venir à l’instar de la loi Garot ou de la loi Mouiller visant à réduire les déserts médicaux ou encadrer l’installation des médecins libéraux. Parmi les autres raisons de leur colère, les médecins redoutent également un encadrement des dépassements d’honoraires qui ont augmenté depuis 2019 de 5%. Or, selon Ambroise Salin, «nous exerçons obligatoirement avec des dépassements d’honoraires. C’est normal et ils continueront à augmenter», a-t-il expliqué tout en invoquant à la fois des exigences de «qualité» et de «sécurité».

Alors qu’en 2024, les dépassements d’honoraires ont atteint 4,3 milliards d’euros selon un rapport du Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM), en parallèle, selon le rapport 2024 de la DREES, les complémentaires santé ont collecté 43 milliards d’euros en 2023. Une injustice dénoncée par Philippe Cuq, le coprésident du syndicat Le BLOC. «Pour certains, ils ont 20% de frais de gestion, ça représente 10 milliards. 10 milliards qui ne sont pas consacrés aux soins», a-t-il fustigé, dénonçant dans le même temps des tarifs en hausse de «3 à 6% sans aucune gêne». Quant au tarif de la Sécurité sociale, celui-ci «ne bouge pas», a ajouté Philippe Cuq. Signe que la tension est à son maximum, l’intersyndicale n’a pas hésité à refuser un rendez-vous avec la ministre de la Santé à l’issue de la manifestation parisienne qui «sait tout» mais «ne fait rien» et désire à la place de rencontrer le Premier ministre. «Nous demandons à être reçus pour, au moins, discuter», indique Philippe Cuq.