Les beaux jours semblent donner une meilleure mine au marché de l’immobilier. Après avoir été stable en mars et en avril, le prix du mètre carré s’apprécie de 0,2% au 1er juin à l’échelle nationale sur les trois derniers mois, selon la dernière étude du portail immobilier SeLoger*. Une hausse portée notamment par le secteur rural qui a connu un milieu de printemps particulièrement dynamique (+0,9%). Simple évolution saisonnière ou véritable retournement ? «Il est encore trop tôt pour parler d’une inversion de tendance, temporise Imane Selmane, data économiste chez SeLoger. Le printemps est toujours une période de regain d’activité, on attend le mois prochain pour voir si l’accalmie se confirme.»

Malgré tout, cette reprise détonne. C’est la première fois depuis janvier 2023, où une hausse de 0,1% a été observée, que les prix remontent. Pour rappel, la hausse des taux d’intérêt depuis début 2022 et la perte de pouvoir d’achat immobilier des ménages ont provoqué la chute du nombre de transactions, entraînant le marché dans un cycle baissier sur l’ensemble du territoire. Le recul des taux d’intérêt, amorcé depuis maintenant six mois, favorise à son tour la solvabilité des ménages qui voient leur pouvoir d’achat se regonfler très progressivement. Dans des villes comme Saint-Etienne, Roubaix, Tourcoing, Clermont-Ferrand ou Avignon, les acquéreurs d’un appartement gagnent jusqu’à 6 mètres carrés pour la même mensualité (1 000 euros sur 20 ans) en juin 2024 par rapport à janvier 2024.

A Caen, les prix des appartements au mètre carré ont baissé de 3,3% sur les trois derniers mois.
A Aix-en-Provence, les prix des maisons au mètre carré ont baissé de 3,2% sur les trois derniers mois.

Les prix remontent là où les baisses ont été les plus fortes

Les villes où les prix commencent à remonter sont celles où les baisses ont été les plus fortes. A Bordeaux, où les prix ont chuté de 5,9% en un an en moyenne, ils ont augmenté de 1,2% en mai sur les trois derniers mois. Idem à Tours, où les prix se sont effondrés de 7,2% en un an, et remontent désormais de 3,1% par rapport à février. Néanmoins, cette conjoncture n’est pas suffisante pour convaincre les candidats à l’achat. Dans une ville comme Tourcoing, où les acquéreurs ont l’un des meilleurs pouvoir d’achat, un bien immobilier reste en vente 105 jours en moyenne, contre 77 il y a un an. «Les taux d’intérêt sont encore très élevés, et les prix n’ont pas encore assez baissé pour retrouver un pouvoir d’achat équivalent à avant janvier 2022», explique Imane Selmane.

Surtout que l’érosion des taux ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin, puisque la Banque centrale européenne (BCE) devrait diminuer ses taux directeurs à l’issue de sa réunion prévue jeudi 6 juin – une première depuis 2016 –, tirant encore à la baisse les intérêts des crédits immobiliers. Raison de plus pour les acquéreurs d’être attentistes.

Seule exception : Paris, où la chute des prix s’est enclenchée bien avant la baisse des taux. En janvier 2022, le mètre carré moyen y atteignait les 10 203 euros. Aujourd’hui, il plafonne à 9 190 euros, et «ne devrait pas tarder à passer sous la barre des 9 000 euros le mètre carré», anticipe SeLoger. Néanmoins, la spirale baissière dans laquelle s’est engouffrée la capitale a ralenti en mai, pour la première fois depuis deux ans.

*Taux d'intérêt moyen sur une durée de 20 ans : 3,90% au 1er juin 2024 et 4,20% au 1er janvier 2024 (Empruntis)