Pupitres claqués bruyamment, remous dans les travées, rappel à l’ordre de la présidente au perchoir… Le 8 novembre dernier, l’Assemblée nationale a connu l’un de ses habituels coups de fièvre, quand les oppositions entre parlementaires s’électrisent sur un sujet clivant. Dans ce domaine, difficile de faire plus sensible que l’aide médicale de l’Etat (AME), destinée à couvrir les soins prodigués aux sans-papiers à 100% du tarif de la Sécurité sociale.

«Dès qu’on évoque la nécessité de la réformer, ses dépenses n’étant pas maîtrisées, on se fait traiter de raciste par la gauche», déplore Nicolas Ray, député (LR) de l’Allier et rapporteur spécial de la mission «santé» à la Commission des finances. Il est vrai que, depuis sa création en 2000, ce dispositif ne cesse de provoquer des querelles entre les tenants d’une prise en charge sans limite au nom de l’éthique et les adeptes du réalisme, les yeux rivés sur les comptes publics et l’état de notre système de santé. Tentons d’y voir plus clair.

Les dépenses de l’AME flambent-elles vraiment ? Oui

Avec près d’1,3 milliard d’euros en 2024 selon la direction de la Sécurité sociale, les dépenses de l’AME ont grimpé de 74% en dix ans ! Ses défenseurs plaident un niveau modeste (moins de 0,5%) par rapport aux coûts de l’Assurance maladie, même si comparer avec les frais de santé de toute une population n’a pas beaucoup de sens. Précisons – c’est tout le charme de notre administration - qu’il existe plusieurs AME selon les profils de sans-papiers. Le montant indiqué ici concerne l’AME de droit commun, réservée aux clandestins présents depuis au moins trois mois en France avec des revenus annuels inférieurs à 10 339 euros en 2025.

Cette part constitue le gros des dépenses. On y ajoutera quand même une enveloppe destinée aux étrangers qui, venant d’arriver, ne sont pas éligibles à l’AME principale (132 millions d’euros en 2024) mais ont besoin de soins urgents, une autre pour les malades gardés à vue ou en rétention administrative (600 000 euros) et enfin, un volet humanitaire pour certains cas exceptionnels sur décision ministérielle uniquement (80 000 euros). Au total, on est donc déjà plus près de 1,4 milliard.

Evalue-t-on correctement toutes les dépenses de soins pour les sans-papiers ? Non

Outre l’AME, dont les coûts réels peuvent dépasser ce que l’Etat budgète, il existe bien d’autres dispositifs de prise en charge des étrangers non réguliers, recensés dans un rapport publié en 2023 par la députée (LR) de l’Orne, Véronique Louwagie. On citera, entre autres, les titres de séjours pour soins ou le maintien des droits sociaux pendant six mois pour les étrangers dont la carte de séjour a expiré. Autre exemple ? Les Pass (permanences d’accès aux soins de santé), ces dispensaires gratuits des temps modernes, dont les services médicaux et sociaux s’occupent d’accueillir les personnes en grande précarité dans les hôpitaux. Une majorité de leur patientèle est migrante, selon un rapport de l’Académie de médecine paru en 2020.

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