
Une «mesure de bon sens» pour François Bayrou. Mercredi 3 septembre sur RMC-BFMTV, le Premier ministre a défendu le durcissement des conditions d’accès à l’Aide médicale d’Etat (AME), un dispositif favorisant l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière en France leur offrant une couverture à 100%. «Lorsque vous demandez des efforts aux Français, il n’est pas possible que le sentiment que les Français éprouvent est qu’eux doivent faire des efforts et que tout le monde n’y soit pas associé (...) ce n’est pas possible que les étrangers que nous accueillons et que nous aidons ne soient pas associés à cet effort», a-t-il justifié.
François Bayrou a reconnu qu’il s’agissait d’un projet «souvent évoqué». En effet, il s’agit d’une vieille demande du Rassemblement national. Le parti à la flamme a été reçu lundi comme les autres partis politiques. À l’issue de cette rencontre, la présidente du RN, Marine Le Pen, a demandé une «dissolution ultrarapide» de l’Assemblée nationale. À gauche, certains, comme Olivier Faure, à la tête du parti socialiste dénoncent des «clins d’œil à l'extrême droite» estimant que le Premier ministre, dont le maintien à Matignon est indéterminé à quelques jours du vote de confiance du 8 septembre, cherche «à sauver sa tête à tout prix».
Dans un communiqué publié ce mercredi, Médecins du monde a mis en garde contre ce projet de réforme de l'AME qui aurait «des conséquences directes et graves sur la santé des personnes en situation irrégulière les plus précaires». Cela pèsera «inévitablement sur les urgences et sur les hôpitaux, accentuant la crise de notre système de santé».
Ne plus prendre en charge automatiquement les lunettes et les audioprothèses
«Il y avait, par exemple, dans la liste des soins (pris en charge par l’AME) de la balnéothérapie. Ce n’est pas normal, ce n’est pas raisonnable», a expliqué François Bayrou mercredi au micro de BFM. Dans le détail, selon des projets de décrets consultés mardi par l’Agence France presse (l’AFP), le gouvernement ne veut pas seulement exclure la balnéothérapie du panier de soins pris en charge par l’AME.
Il veut aussi «soumettre à accord préalable» plusieurs soins actuellement accessibles sans conditions après neuf mois de présence sur le territoire : certains actes de masso kinésithérapie, les lunettes, les audioprothèses, les soins prothétiques dentaires et les transports sanitaires pour des soins programmés non urgents en ville, a indiqué le ministère de la Santé.
Il sera aussi plus compliqué de constituer son dossier de demande d’AME avec l’obligation de présenter des pièces d’identité avec photo. Par ailleurs, le gouvernement souhaite «prendre en compte les revenus des membres du foyer dans l’appréciation de la condition de ressources» donnant accès à l’AME. Actuellement, les services tiennent uniquement compte des ressources des personnes à la charge du demandeur. Lorsqu’un demandeur de l’AME a pour conjoint ou concubin une personne en situation régulière, les ressources de cette dernière seraient alors prises en compte.
Le ministère de la Santé a assuré à l’AFP que «les mesures proposées ne remettent nullement en cause le dispositif de l’AME, mais constituent des ajustements conformes aux recommandations du rapport Evin-Stéfanini». Ce rapport a été commandé à la fin de l’année 2023 au ministre socialiste Claude Evin et au haut fonctionnaire LR Patrick Stefanini. Plutôt favorable à l’AME, ce document recommandait en revanche de modifier la liste des prestations accordées automatiquement et la prise en compte des ressources de l’ensemble du foyer du demandeur pour avoir accès à l’AME. Pour le moment, ces modifications sont encore au stade de projet de décret. Les déclarations de François Bayrou restent suspendues au futur du Premier ministre à Matignon et au résultat du vote de confiance du 8 septembre.



















