L’étau se resserre. Mardi 5 novembre, les 244 millions d’électeurs américains sont appelés aux urnes pour désigner leur prochain président. Qui de Donald Trump ou Kamala Harris sortira vainqueur de cette campagne ? En réalité, le 5 novembre, les Américains ne voteront pas vraiment pour l’un ou l’autre des deux candidats en lice dans la course à la Maison Blanche mais plutôt pour désigner la couleur des grands électeurs de leur Etat.

Outre-Atlantique, le mode de scrutin est bien différent du système français. D’ailleurs, aux Etats-Unis, il est possible de voter de manière anticipée en personne ou par correspondance dans la majorité des Etats. Ce qui explique pourquoi plus de 50 millions d’électeurs se sont déjà prononcés le 30 octobre.

Qui sont les grands électeurs ?

Alors qu’en France l'élection présidentielle se déroule au suffrage universel direct à deux tours, aux Etats Unis, le mode de scrutin retenu est le suffrage universel indirect à un tour. Cela signifie que les Américains votent non pas pour Donald Trump ou Kamala Harris mais pour un grand électeur. Le collège électoral est composé de 538 électeurs qui se sont engagés au préalable à soutenir l’un ou l’autre candidat. Pour remporter les élections, il faut disposer d’au moins 270 grands électeurs. Ils se réuniront ensuite le 17 décembre 2024 pour un vote officiel.

Qu’est-ce que le système du «winner-takes-all» ?

Le nombre de grands électeurs est déterminé proportionnellement à la population de chaque Etat : au Texas, ils sont 40, tandis que le Montana n’en compte que 4. Toutefois, lors de l'élection présidentielle, les grands électeurs ne sont pas répartis de façon proportionnelle mais selon le principe du winner-takes-all («le gagnant rafle tout», en français). Seuls deux Etats dérogent à cette règle. Ainsi, si un candidat obtient la majorité des voix dans un Etat, il remporte alors tous les grands électeurs. Cela explique pourquoi un candidat à la présidentielle peut obtenir la majorité des voix au niveau national sans pour autant accéder à la Maison Blanche. En 2016, malgré ses 3 millions de voix supplémentaires, Hillary Clinton n’a pas remporté l'élection présidentielle face à Donald Trump qui disposait de 306 grands électeurs sur les 538 au total.

Pourquoi les «swing states» sont-ils si importants ?

Le système du «winner-takes-all» pousse les candidats à ignorer les Etats où leur victoire est assurée et à concentrer leurs efforts sur les «swing states» – ces Etats pivots où les résultats sont incertains et où démocrates et républicains sont souvent au coude-à-coude. La majorité des dépenses de campagne y est donc allouée. En 2024, les «swing states» incluent l’Arizona, la Caroline du Nord, la Georgie, le Michigan, le Nevada, la Pennsylvanie et le Wisconsin, regroupant à eux seuls 93 grands électeurs.

Comment se déroule la campagne électorale aux Etats-Unis ?

Au total, la course à la Maison Blanche dure presque un an. Chaque candidat doit d’abord remporter les primaires ou les caucus dans chaque Etat. Puis, ils sont désignés officiellement par les conventions nationales de deux principaux partis, les démocrates et les républicains, l’été précédant les élections. Exceptionnellement, Kamala Harris a échappé à cette étape puisqu’elle a remplacé in extremis Joe Biden, l’actuel président des Etat-Unis s’est retiré la course à la Maison Blanche. Comme en France, chaque candidat est soutenu par son parti politique et des subventions publiques destinées à couvrir les dépenses de campagne. Leur montant est de 123,5 millions de dollars par candidat.

Mais pour mettre toutes les chances de leur côté, les candidats comptent aussi sur des dons privés notamment via les PAC, les comités d’action politique. Les Super PAC rendent même possible les dons sans limite de plafond. La campagne des élections de 2024 est la plus chère de l’histoire des Etats-Unis. Le montant total serait de 16 milliards de dollars selon l’organisation OpenSecrets. Chaque candidat est soutenu par plusieurs milliardaires à l’image d’Elon Musk qui finance et s'est engagé dans la campagne de Donald Trump.

Quand sera connu le nom du prochain président américain ?

Les bulletins de vote seront dépouillés le 5 novembre au soir. Ceux issus du vote par correspondance peuvent éventuellement être dépouillés avant ou après la fermeture des bureaux de vote suivant les règles dans chaque Etat. Le résultat est généralement annoncé en fin de soirée. En 2020, le dépouillement avait pris du retard dans les «swing states» face aux nombreux votes par correspondance. Une fois le résultat annoncé, les Etats disposent de cinq semaines pour certifier les votes. Après le vote des grands électeurs, le 17 décembre, les bulletins sont comptés au Congrès. Le nouveau président américain devra prêter serment le 20 janvier avant de pouvoir investir le bureau ovale.

Le 5 novembre, en parallèle de l'élection présidentielle, les Américains sont aussi appelés à voter pour désigner les parlementaires du pays. Ils sont 435 à la chambre des représentants et 100 au Sénat, soit 535 au total. Ce qui correspond au nombre de grands électeurs auxquels sont ajoutés trois grands électeurs pour les habitants du district de Columbia, soit la ville de Washington, la capitale des Etats-Unis.