
Un cinglant retour de bâton ! On ne peut trouver meilleure image pour décrire la situation dans laquelle le conflit entre l'Assurance Maladie et les taxis plonge l'actuel gouvernement. Les deux parties, fortes d’arguments solides, se crispent sur leurs positions respectives. Dans le rôle de l’arbitre malgré lui, le gouvernement Bayrou se retrouve obligé, pour apaiser la crise, d’assumer un encombrant héritage : celui créé par la loi Novelli de 2009, fournissant un cadre légal aux VTC.
Pour comprendre le problème et identifier la solution, rappelons la situation délicate dans laquelle sont plongées les deux parties :
- L'Assurance Maladie se trouve confrontée à un déficit structurel galopant, jugé «hors de contrôle» par le rapport de la Cour des comptes publié le 25 mai 2025. En 2024, le déficit a atteint 15,3 milliards d’euros, soit 46% de plus que prévu. Au sein de ce montant, le transport sanitaire représente 6,7 milliards d’euros, dont la moitié sont effectués par les taxis. Mais surtout, l’augmentation de ces dépenses inquiète : elle a progressé de 45% depuis 2019. Cette explosion a motivé la réaction de l'Assurance Maladie : sa nouvelle convention médicale, applicable dès octobre 2025, vise à réduire les dépenses d'environ 300 millions d'euros sur 3 ans.
- Les professionnels du taxi - notamment ceux qui travaillent à la campagne - consacrent une partie très importante de leur activité au transport sanitaire. Cela a d'ailleurs attiré de nouvelles vocations puisque le nombre de taxis conventionnés a progressé de 8% en 10 ans, pour s’établir à plus de 40 000. Leurs représentants font valoir que si le montant de prise en charge des transports sanitaires devait baisser, de nombreux taxis mettraient la clé sous la porte. Les malades seraient perdants, de nombreux patients ne pouvant plus se rendre à l'hôpital.
Au-delà de la réduction de leur chiffre d’affaires, les taxis indépendants s'inquiètent des conséquences de cette nouvelle convention sur l'organisation des transports. S’ils doivent désormais transporter plusieurs patients simultanément pour obtenir la prise en charge maximum de l’Assurance Maladie, ils deviendront dépendants des plateformes informatiques.
«Nous payons l'incohérence de la réforme libéralisant le marché des VTC»
Plus largement, ces taxis s’estiment menacés dans leur modèle économique, alors que ces dernières années, le transport sanitaire leur a permis de récupérer une part du chiffre perdu face aux VTC. Et c'est bien là tout le problème.
Nous payons ici l'incohérence de la réforme libéralisant le marché des VTC, sans instaurer les conditions d’exercice d’une saine concurrence. L'idée même de développer l'offre de transport via les VTC constituait, en soi, une bonne idée : avant 2009, parvenir à trouver un taxi pouvait prendre des heures. Ce n'est plus le cas désormais, grâce à l'augmentation de l'offre induite par les VTC. Mais la manière dont cette réforme fut imposée portait en germe la crise actuelle.
En effet, on se retrouve aujourd’hui avec deux populations proposant un service comparable mais n’étant pas soumises aux mêmes règles : les taxis doivent acquitter une licence onéreuse pour travailler, alors que les VTC peuvent exercer librement. Face à cette situation inextricable, l’Etat a largement remboursé les transports sanitaires au profit des taxis, et fermé les yeux sur les nombreux abus dont ces transports ont pu faire l'objet. En d'autres termes, pour réparer son erreur initiale, l’Etat en a commis une deuxième.
Si l’actuelle progression des dépenses de transport sanitaire est insoutenable, et doit être stoppée, les taxis ne peuvent continuer à subir une telle concurrence déloyale de la part des VTC. Le transport sanitaire remboursé par l'Assurance Maladie devrait être limité aux cas les plus graves, chacun devant se déplacer à ses frais à l'hôpital. En contrepartie, l'Etat doit proposer aux taxis de racheter leurs licences, comme il l’avait déjà annoncé en 2016, sans jamais concrétiser cette promesse.
La situation budgétaire n’incite pas à la dépense, mais combien coûte l’inaction ? Continuer à rafistoler un système bancal, c’est repousser l’inévitable. Cette crise doit être l’occasion de trancher : non pas entre taxis et VTC, mais entre bricolage permanent et réforme structurelle.
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