
L'image du start-upper millionnaire masque une toute autre réalité, souligne L'Essentiel de l'Eco. En France, beaucoup de fondateurs vivent en effet avec des revenus modestes, parfois même inexistants. Matthieu, créateur d'une plateforme SaaS pour l'industrie, raconte : «Depuis le lancement, aucun de nous ne se verse de salaire. Tout part dans le développement et la prospection. Sans le soutien de ma compagne, je ne tiendrais pas.» Comme d'autres entrepreneurs, Matthieu est donc contraint de puiser dans ses économies ou de compter sur son entourage pour tenir jusqu'à la première levée.
Selon SeedLegals, cité par L'Essentiel de l'Eco, la plupart des fondateurs ne perçoivent rien avant d'avoir bouclé un financement. Et même ensuite, les rémunérations restent mesurées : 90 000 euros brut par an en moyenne dans les jeunes start-up. Guillaume David, créateur de Madeinvote, confie : «Tant que la boîte n’était pas rentable, je ne me voyais pas prendre une grosse rémunération, même si certains employés gagnaient plus que moi.» On est loin de la success story qu'on imagine peut-être à l'ère de la start-up nation chère à Emmanuel Macron...
Des salaires modestes et un risque élevé
L'écart avec les Etats-Unis reste abyssal : un fondateur américain en phase seed touche environ 130 000 dollars, et plus du double en Series B. En France, la lourdeur des charges sociales amplifie encore le décalage : un président de SAS supporte jusqu’à 64 % de prélèvements sur son salaire brut. Ainsi, un fondateur rémunéré 90 000 euros brut ne perçoit qu'environ 70 000 euros nets. Il existe aussi des risques personnels : la plupart des banques exigent une caution sur les biens privés, engageant directement la résidence principale. Par ailleurs, le contexte économique n'arrange rien : en 2024, 57 start-up ont été placées en redressement ou liquidation judiciaire, selon les chiffres de la Banque de France.
Enfin, la pression pèse lourd sur la santé mentale : près de 40 % des fondateurs présenteraient un risque de burn-out. Pourtant, beaucoup continuent de travailler plus de 50 heures par semaine, misant sur la réussite future de leur projet. Un pari souvent perdu : seule une poignée d'entrepreneurs rejoignent un jour le club très fermé des fortunes de la tech française.


















