
Aujourd’hui, il est bien difficile d’échapper à l’acronyme ESG (pour environnement, social, gouvernance) dans les plaquettes des grandes écoles françaises. Depuis plus de cinq ans, tous les Executive MBA (EMBA) se revendiquent plus ou moins «responsables», «durables» ou «engagés». Un alignement sur les tendances ? Certainement. Une réponse sincère à une attente de la société ? Parfois. «L’ESG n’est pas un module, c’est notre ADN», clame ainsi Alon Rozen, doyen de la business school de l’Ecole des ponts. Même posture à l’Edhec, dont le Global MBA est classé 3e mondial en 2025 par le Financial Times pour son contenu ESG. «Notre ambition est claire : former des leaders à impact, capables de conjuguer performance économique et responsabilité sociétale», affirme la direction.
Les mots sont forts et s’accompagnent de dispositifs pédagogiques exigeants : cours dédiés, «learning expeditions», projets d’entreprise, partenariats avec des ONG ou des fonds durables. Pour Olivier Rollot, du cabinet Headway Advisory, la dynamique est incontestable, mais elle n’efface pas les zones grises. «Beaucoup d’écoles européennes ont investi le créneau de l’EMBA “green”, car il est rentable. Or, dans les faits, ces formations ressemblent souvent à des masters exécutifs spécialisés. Le mot MBA attire, mais il ne garantit ni le niveau académique ni l’ouverture internationale.»
L’évolution est aussi sociologique. Les profils qui s’inscrivent dans ces parcours ne ressemblent plus aux «high flyers» (hauts potentiels) formatés pour le conseil ou la finance. Les nouvelles cohortes cherchent d’abord du sens. A l’EM Lyon, on observe une montée en puissance des candidats issus de secteurs comme la santé, l’énergie ou la tech, en quête de repositionnement. Même chose à l’Insead. «Nos étudiants veulent aligner carrière et convictions, piloter des transformations durables, et ne se reconnaissent plus dans le modèle “MBA lifestyle”», résume Mark Stabile, doyen des programmes diplômants.
Contenus, partenariats, cas concrets : ce qui change
Fini le «cours de RSE» en fin de programme. Aujourd’hui, les meilleurs EMBA responsables infusent les enjeux ESG dans toute la maquette pédagogique. A l’Edhec, plus de 90% des enseignements intègrent une dimension environnementale, sociale ou éthique. «L’ESG est l’un des piliers différenciants du Global MBA, avec des missions de terrain, un “Sustainable Impact Challenge” de cinq mois et des “learning expeditions” au Portugal en Suède», note la direction du programme. Même stratégie transversale chez Skema. «La démarche ESG s’inscrit dans chaque module : stratégie, management… Nos cas sont édifiés pour exposer les participants à la complexité réelle des choix ESG», insiste Fabien Seraidarian, directeur du Global EMBA. Celui sur la cimenterie Holcim permet d’explorer les contradictions d’une industrie en transition.
A l’Insead, la refonte de 2023 a été totale. «Les 14 cours fondamentaux du MBA répondent tous à des objectifs ESG explicites. Le projet final (Capstone) oblige les étudiants à mobiliser l’ensemble de leurs apprentissages pour résoudre un défi durable», précise Mark Stabile. Parmi les expériences phares : le «Master Strategist Day», un marathon de 24 heures dont le but est d’élaborer des solutions pour des ONG internationales.
De plus, les partenariats avec des entreprises à impact se multiplient. A l’Ecole des ponts, les participants du LeadTech GEMBA collaborent avec des structures comme The UN Global Compact ou Biohm pour les modules où l’économie circulaire et la Tech for Good (démarche visant à utiliser la technologie au service du bien commun) sont omniprésentes. Même logique à l’EM Lyon, où le projet à impact, mené pour une entreprise réelle, permet d’intégrer la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) à des décisions stratégiques. Une chaire cofondée avec Carbone 4 vient soutenir l’ensemble de la démarche.
Le MBA responsable devient le carrefour d’expériences
Si les écoles affinent leur pédagogie, c’est aussi pour répondre à des trajectoires de vie de plus en plus diverses. Le MBA responsable devient le carrefour d’expériences professionnelles très contrastées, un espace de transition et de réinvention. Pascal N’Diaye, 60 ans, a fait le grand saut à l’âge où d’autres ralentissent.
Après trente années dans le secteur de l’énergie, ce directeur de l’innovation chez GRDF a ressenti le besoin de se reconnecter au terrain. Il a suivi un EMBA au Pôle Léonard de Vinci, en est ressorti major de promo et a été propulsé directeur territorial de son entreprise à Bordeaux. «Plus on suit un parcours personnel, plus on l’aborde avec sérénité», résume-t-il. Même constat pour Anastassia Predekha, cadre chez Nestlé et diplômée du LeadTech GEMBA. «Depuis, j’ai changé ma façon de penser. Je suis plus alignée, plus utile», confie-t-elle.
«Une expérience transformatrice pour piloter de nouveaux projets»

Pascal N’Diaye, 60 ans, directeur territorial Nouvelle-Aquitaine chez GRDF (Bordeaux)
«Après trente années dans le secteur de l’énergie comme directeur de l’innovation chez GRDF, je me suis lancé dans un MBA pour me réinventer. Objectif : aller sur le terrain. Je voulais m’engager concrètement dans le développement durable. J’ai choisi le MBA Management de la transition énergétique et écologique de l’Institut Léonard de Vinci. Le format hybride m’a permis de continuer à travailler à temps partiel tout en suivant un programme extrêmement riche. Une expérience transformatrice, qui m’a amené à piloter de nouveaux projets avant d’être nommé à mon poste actuel. J’ai aussi apprécié la diversité générationnelle du groupe, qui a nourri une dynamique stimulante.»
Le green MBA : un vrai «plus» pour la carrière ?
L’un des arguments phares mis en avant par les grandes écoles est l’impact du MBA responsable sur l’employabilité des participants. Au sein de l’Ecole des ponts, 65% des diplômés occupent aujourd’hui un poste à impact – dans la santé, la green tech ou l’intelligence artificielle éthique. De nombreux participants évoluent également en interne, comme Pascal N’Diaye, qui a été promu à l’issue de sa formation.
Et qu’en est-il du ROI (retour sur investissement ? Les établissements le défendent fermement : «Le ROI dépasse le seul salaire. Les diplômés acquièrent une vision, des compétences transférables et un réseau international», affirme Mark Stabile, de l’Insead. En fait, pour une génération en quête de sens, c’est parfois plus précieux que l’augmentation des revenus.
Comment choisir un EMBA à impact et éviter le «greenwashing»
Voici quelques repères essentiels pour s’orienter sans se faire berner.
- Scrutez les différentes accréditations
Un bon MBA s’appuie sur des standards internationaux. Regardez si l’école bénéficie des labels de référence : AMBA, AACSB ou Equis. Ces accréditations garantissent un niveau d’exigence, une ouverture internationale, mais aussi une reconnaissance académique.
- Analysez les contenus
Un programme sincèrement engagé ne se contente pas d’ajouter un module RSE en option. Il infuse les enjeux ESG dans l’ensemble des cours : stratégie, finance, RH, marketing…
- Interrogez les débouchés
Au-delà des slogans, renseignez-vous sur ce que deviennent les diplômés. Un taux élevé de reconversion vers des métiers à impact ou des fonctions de transformation durable est un bon indicateur de la pertinence du cursus.
- Écoutez les anciens
Les témoignages des alumni valent mieux qu’une plaquette publicitaire. Recueillez leurs avis sur la qualité du programme, l’ambiance, les retombées sur leur parcours, le réseau.
- Déjouez le vert de surface
Méfiez-vous des formations 100% en ligne, sans cas pratiques ni ancrage terrain. Un MBA sans partenaires de l’économie sociale et solidaire, sans projets d’innovation responsable ou coaching individualisé est un vernis plus qu’un levier.
«Des outils concrets, un réseau et une vraie impulsion de carrière»

Sarah Lenoble, 26 ans, urbaniste et architecte au sein de Cerema, Lille (59)
«J’ai parié sur un EMBA pour donner un coup d’accélérateur à ma carrière. En alternance dans une agence, j’ai suivi un programme en urbanisme durable mêlant études de cas, visites de terrain et intervenants professionnels. Nos enseignants étaient ancrés dans la réalité des métiers. Cette double immersion m’a aidée à prendre confiance, à structurer mes compétences et à me positionner dans le secteur public. Notamment grâce au réseau des alumni. Diplômée en 2024, j’ai rejoint le Cerema, établissement public dédié aux politiques d’aménagement. Cet EMBA m’a offert des outils concrets, un réseau et une vraie impulsion de carrière.»
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