Plébiscité par les salariés, le bilan de compétences est la 3ème formation la plus demandée via le Compte personnel de formation (CPF) et elle représente 6% des formations financées. Problème : il s’agit d’une des formations au taux horaire le plus cher… et elle n’est pas certifiante. C’est sur ce point que le gouvernement argumentait pour justifier sa volonté de retirer, entre autres, le bilan de compétences du dispositif CPF : près de 40% des financements du CPF sont aujourd’hui destinés à des formations non certifiantes, permis de conduire en tête.

Autre argument non négligeable, la lutte contre la fraude : «les actions de lutte contre la fraude initiées depuis 2022 ont mis en avant la part disproportionnée parmi les établissements fraudeurs des organismes proposant des bilans de compétences» pouvait-on lire dans l’exposé des motifs.

Le CPF sauvé, sans conditions

Supprimer complètement la possibilité pour un salarié de financer un bilan de compétences par son CPF était-il pour autant la solution ? Non, ont considéré les députés et sénateurs, qui ont retoqué la mesure lors de l’examen du projet de loi de finance 2026. Premier coup d’arrêt le 9 novembre à l’Assemblée nationale, avec l’adoption d’un amendement visant la suppression de la mesure envisagée. Deuxième coup d’arrêt dans la nuit du 6 décembre, durant laquelle le Sénat a à son tour adopté un amendement rétablissant le bilan de compétences dans les formations éligibles au CPF.

Bien qu’ils l’aient repêché, députés et sénateurs ne s’opposent pas à l’idée d’un plafonnement du financement d’un bilan de compétence grâce au CPF afin de lutter contre les abus. Celui-ci viendrait s’ajouter à la participation forfaitaire obligatoire déjà en place depuis 2024 et actuellement fixée à 102,23 euros. Cependant, l’idée n’a pas été retenue dans la dernière version du projet de loi de finance 2026 votée par les sénateurs.

Un dispositif à l’utilité reconnue

Face à un monde du travail en pleine mutation et alors que de nombreux salariés sont confrontés à des difficultés affectant jusqu’à leur santé mentale (burn-out, souffrance au travail, perte de sens…), le bilan de compétences est un outil utile pour faire le point sur sa carrière et envisager plus sereinement une évolution, voire une reconversion. C’est cet aspect du dispositif qui a primé aux yeux des élus : «tout projet de reconversion nécessite d'être conscient de ses compétences. Sans cette étape, passer à celle du projet réaliste et de la formation adaptée est beaucoup plus risqué» assurent ainsi les députés Emmanuel Maurel et Estelle Mercier, dont l’amendement a été adopté à l’Assemblée nationale.

De leur côté, les sénateurs ont insisté sur le «contexte de transformation profonde du marché du travail : accélération des reconversions, montée en puissance de l’intelligence artificielle, allongement des carrières, diversification des statuts d’activité», dans lequel «le bilan de compétences demeure un dispositif essentiel pour l’accompagnement et l’orientation professionnelle».