La ministre du Logement, Valérie Létard, n'aurait pas fait partie de feu le gouvernement de Sébastien Lecornu. Non pas parce que le Premier ministre, qui vient de démissionner, ce lundi 6 octobre, ne le souhaitait pas : «On lui avait confirmé qu'elle serait appelée dans la semaine pour compléter le gouvernement» annoncé dimanche, assure l'entourage de Valérie Létard. C'est la ministre elle-même qui «ne souhaite pas réintégrer le gouvernement», déclarait-elle dans un post diffusé sur son compte LinkedIn dimanche soir. «Ni dans les priorités affichées, ni dans la composition du gouvernement, je ne retrouve les signaux nécessaires pour relancer une véritable politique du logement, à un moment où ce secteur traverse une crise profonde qui touche à la fois notre économie et la vie quotidienne des Français», explique Valérie Létard.

Sébastien Lecornu était sous le feu des critiques des opposants et de la droite après avoir dévoilé dimanche soir une partie de son gouvernement, avec 12 ministres du gouvernement Bayrou reconduits, sur un total de 18. Loin des promesses de rupture de Sébastien Lecornu, ce gouvernement signait par ailleurs le retour de l'ancien ministre de l'Economie Bruno Le Maire, tenu pour responsable de la situation budgétaire actuelle.

«Dans le contexte actuel, je n’aurais pas disposé de la latitude nécessaire pour agir utilement», poursuit la ministre. Comme son parti, l'Union des démocrates et indépendants (UDI), qui avait annoncé dimanche soir «reprendre son entière liberté» en regard de «la composition du "nouveau" gouvernement», l'ancienne sénatrice UDI du Nord «reprend donc (s)a liberté pour défendre, comme (elle l'a) toujours fait, les valeurs républicaines, sociales et écologiques qui l'’animent, à la fois comme parlementaire et comme élue locale». Valérie Létard ne manque pas de «saluer l’ensemble des acteurs du logement avec lesquels nous avons tant travaillé, souvent dans la difficulté, pour soutenir un secteur essentiel mais trop longtemps délaissé». Des acteurs du logement qui souhaitaient la reconduction, au sein du gouvernement Lecornu, de celle qui a été ministre du Logement dans les gouvernements de Michel Barnier puis de François Bayrou.

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Le statut fiscal du bailleur privé plus incertain que jamais

Devenue ministre du Logement, l'ancienne sénatrice, déjà très investie dans ce secteur, avait remporté des batailles notables, notamment face au ministère de l'Economie. A commencer par l'élargissement du prêt à taux zéro (PTZ), depuis le 1er avril dernier, à l'achat de maisons individuelles neuves, alors qu'il était auparavant réservé à l'acquisition d'appartements neufs. Valérie Létard avait également obtenu l'extension du PTZ, depuis le 1er avril 2025, à l'ensemble du territoire alors qu'il était auparavant circonscrit aux zones tendues, où l'offre de logements est très inférieure à la demande. La ministre avait enfin mis en place une exonération d'impôt, pendant deux ans, des donations familiales pour l'achat d'un logement neuf ou la rénovation d'un bien existant.

Son dernier fait d'armes résidait dans le projet de création d'un véritable statut fiscal du bailleur privé, réclamé depuis une dizaine d'années par les associations de propriétaires et la filière du logement, afin de relancer l'investissement locatif. Valérie Létard avait obtenu de François Bayrou qu'un article du projet de loi de finances pour 2026 prévoit la mise en place de ce statut, qui aurait permis, pour tout investissement locatif réalisé à partir du 1er décembre 2025, de déduire chaque année des revenus locatifs 5% de la valeur du bien dans le cas d'un logement neuf, et 4% pour un logement ancien rénové.

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Exiger un ministère du Logement de plein exercice

C'est dire si l'avènement de ce statut du bailleur privé semble plus incertain que jamais, compte tenu de la crise politique dans laquelle la France est plongée depuis ce lundi. Danielle Dubrac, présidente de l'Unis, qui regroupe des agents immobiliers, des syndics de copropriété et autres professionnels du secteur, veut cependant croire «qu'un nouveau contexte s’ouvre avec la démission de Sébastien Lecornu». Elle espère ainsi que la voix de Valérie Létard, «libre, respectée et profondément ancrée dans le réel, pourra à nouveau peser dans les décisions à venir». Pour Danielle Dubrac, «c’est le moment d’exiger à nouveau un ministère d’état, de plein exercice, pour le logement Au lieu, à nouveau, du ministère délégué dont le secteur aurait dû se contenter dans le gouvernement Lecornu démissionnaire. En attendant, «la ministre était démissionnaire du gouvernement Bayrou. Désormais, elle n'est plus ministre du tout, elle ne va pas gérer les affaires courantes», précise son cabinet. C'est Eric Woerth, nommé dimanche par Sébastien Lecornu ministre de l'Aménagement du territoire, de la décentralisation et du logement, qui est chargé d'expédier les affaires courantes. Il va pouvoir nommer une quinzaine de personnes au sein de son cabinet afin de l'épauler.