L'opérateur européen Eutelsat, concurrent de l'américain SpaceX et de ses satellites Starlink, a creusé sa perte nette lors de son exercice 2024/2025, pénalisé par d'importantes dépréciations d'actifs malgré une progression de ses revenus. Cette perte a atteint 1,1 milliard d'euros, contre 309,9 millions d'euros un an auparavant, selon un communiqué publié mardi. L'entreprise a notamment expliqué ce résultat par d'importantes dépréciations: à celle de 535 millions d'euros annoncée au premier semestre pour ses satellites géostationnaires est venue s'en ajouter une autre de 186 millions d'euros, également pour ses satellites. Le deuxième opérateur mondial de satellites, qui a aussi mis en avant des effets de change défavorables, a en outre vu ses revenus augmenter de 2,5% à 1,2 milliard d'euros.

Si les activités vidéo ont subi une baisse de 6,5% de leur chiffre d'affaires, à 608,2 millions d'euros, «reflétant la maturité» du marché, les services de connectivité ont eux connu une croissance de 10,6%, à 618,1 millions d'euros, qui dissimule une grande disparité entre les deux types de satellites exploités. Sur le segment de l'orbite basse (LEO), activité comparable à celle de SpaceX, l'entreprise a ainsi vu ses revenus pratiquement doubler (+99%), à 186,8 millions d'euros. Dans ce secteur, elle bénéficie des fruits du rachat en 2023 de la constellation OneWeb, censé consolider la bascule d'Eutelsat vers les télécoms et le marché de la connectivité spatiale à haut débit en orbite basse. Ces satellites sont utilisés pour desservir les régions isolées dépourvues de fibre optique. Le secteur est estimé à 16 milliards de dollars à l'horizon 2030.

Des négociations avec la SNCF

Dans la compétition avec Starlink sur le marché des services aux entreprises et aux gouvernements, le nouveau directeur général d'Eutelsat, Jean-François Fallacher, arrivé en mai, a d'ailleurs indiqué mardi au cours d'une conférence téléphonique être en discussions avec la SNCF pour équiper ses trains.

«C'est évidemment un choix de la SNCF et cela devrait, à ma connaissance, potentiellement aboutir en 2026. (...) Il y aura sans aucun doute de la concurrence avec Starlink», a-t-il ajouté, alors que la presse avait évoqué des discussions entre la compagnie française et le géant américain.

Pour les satellites géostationnaires, les revenus ont perdu 7,2%, à 431,3 millions d'euros.

Le groupe a également vu sa rentabilité reculer, avec une marge d'Ebidta ajusté en repli de 4,9 points, à 54,4%.

«Les résultats annuels 2024/2025 sont conformes à nos objectifs», a toutefois souligné dans le communiqué M. Fallacher.

Pour les douze prochains mois, Eutelsat espère à nouveau faire bondir les revenus de son activité LEO, cette fois de 50%, mais s'attend à voir sa marge d'Ebitda ajusté reculer. Celle-ci est tout de même attendue à «au moins 60%» d'ici la fin de son exercice 2028/2029.

Interrogé sur l'arrivée d'un nouveau concurrent avec le déploiement des services d'Amazon Kuiper prévu à partir de la fin d'année, le dirigeant a indiqué se concentrer sur la rentabilité de son groupe.

«Nous ne sommes pas engagés dans une course contre l'arrivée potentielle de Kuiper. Nous sommes engagés dans une course pour augmenter les revenus dans notre constellation en orbite basse», a-t-il assuré.

En juin, le groupe avait par ailleurs annoncé une augmentation de capital de 1,35 milliard d'euros. L’État français, qui détenait déjà 13% de l'entreprise, avait indiqué vouloir augmenter sa participation de 717 millions d'euros et devenir son premier actionnaire. Le président Emmanuel Macron a qualifié cette opération d'«enjeu stratégique».

Début juillet, le Royaume-Uni avait ensuite fait savoir qu'il injecterait 163 millions d'euros dans Eutelsat. L'opérateur avait ensuite signé quelques jours plus tard un contrat pluriannuel avec le gouvernement britannique.