La Bourse de Paris baisse nettement ce mardi 20 janvier, freinée par les vives tensions entre Bruxelles et Washington, en plein bras de fer sur le Groenland et alors que Donald Trump menace Paris de nouveaux droits de douanes faramineux sur ses vins et champagnes. L'indice vedette CAC 40 reculait de 1,03% vers 10h, soit de 83,23 points, à 8 028,79 points. La veille déjà, le CAC 40 s'est fortement répondu, perdant 146,92 points (-1,78%), pour s'établir à 8 112,02 points à la clôture, signant sa pire séance depuis le début de l'année.

«Les entreprises européennes les plus exposées aux droits de douane américains sont les plus pénalisées» sur les marchés, bien que les investisseurs «les plus optimistes estiment que la saga du Groenland n'est qu'un nouvel exemple de la tactique de négociation américaine désormais bien connue : frapper d'abord, discuter ensuite», abonde Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote Bank. Ce mardi matin, le président américain a menacé d'imposer des droits de douane de 200% sur les vins et champagnes français en réponse au refus de son homologue Emmanuel Macron de rejoindre son «Conseil de paix», qui s'octroie la mission de «promouvoir la stabilité» dans le monde et vise à concurrencer l'Organisation des Nations Unies.

Face aux menaces de Trump, la Bourse scrute la riposte européenne

La France est la première puissance agricole européenne et l'un des principaux pays producteurs de vin dans le monde, avec l'Italie, et les Etats-Unis sont le premier marché à l'export pour la France, qui assure à elle seule la moitié des exportations de vin de l'Union européenne. Parmi les valeurs du secteur cotées à Paris, LVMH (qui détient Moët Hennessy, sa filière champagne) perdait 2,14% à 570,30 euros, Rémy Cointreau 1,95% à 38,34 euros, Laurent-Perrier 0,66% à 90,20 euros et Marie Brizard 1,41% à 2,79 euros.

«Les investisseurs doivent arbitrer entre l'hypothèse selon laquelle cette rhétorique tarifaire constitue une tactique de négociation dont Trump finira par se désengager, ou celle d'une mise en œuvre réelle», résume Emma Wall, stratégiste en chef des investissements de Hargreaves Lansdown. Les marchés restent pour le moment «suspendus à la réaction de l'Union européenne, encore silencieuse», retient John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank. Donald Trump a également dit s'attendre à une faible résistance des dirigeants européens à sa volonté de s'emparer du Groenland et annoncé une réunion à Davos (Suisse) «des différents partis».

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La politique française reléguée au second plan

En France, le Premier ministre a annoncé lundi engager la responsabilité de son gouvernement sur la partie recettes du budget de l'Etat pour 2026 par le recours au 49.3, qui devrait permettre la promulgation du texte avant la mi-février. Cet outil constitutionnel permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote mais l'exposer à une censure.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a salué devant les ministres une copie budgétaire qui «permet de contenir le déficit à 5%» du Produit intérieur brut (PIB). Toutefois, «les investisseurs se focalisent à 100% sur les annonces du président Trump. La politique, qui pourtant a une importance cruciale pour l'économie française, passe au second plan», estime John Plassard. Sur le marché de la dette lundi, le rendement de l'emprunt français à échéance dix ans a clôturé à 3,49% à l'émission d'une séance globalement stable mais grimpait mardi, comme partout en Europe, à 3,54%.