
Les conseillers bancaires ne disent pas merci au Covid : alors que la fréquentation de leurs guichets reculait déjà depuis plusieurs années, l’habitude prise, avec les confinements successifs, de gérer ses comptes à distance, n’a fait qu’accentuer cette désaffection. Selon une étude du cabinet Sia Partners, ils ne sont plus que 36% des clients à se rendre en agence au moins une fois par trimestre, contre 41% il y a dix ans.
Résultat : les fermetures de points de vente s’accélèrent, partout sur le territoire. Et, alors qu’elles concernaient principalement les grandes banques commerciales (600 agences supprimées par le Plan Vision 2025 à la Société générale, 250 agences fermées en 2022 chez LCL), elles frappent désormais aussi les réseaux mutualistes, au business pourtant basé sur la proximité. Du côté de l’Eure et de la Seine-Maritime, par exemple, où le Crédit agricole Normandie-Seine a annoncé la fermeture, d’ici 2026, de 20 agences. Ou du Centre-Val de Loire, où la caisse locale de la Caisse d’épargne veut baisser le rideau d’un nombre identique de guichets.
Des milliers d'agences bancaires vont disparaître d'ici 2027
Selon Sia Partners, à ce rythme, la France ne devrait plus compter qu’un peu plus de 29 000 agences en 2027, contre près de 42 000 en 2010 ! Il faut dire que la baisse des taux d’intérêt, qui a rogné les marges de cette industrie jusqu’à début 2022, n’a pas arrangé les choses. Ces réseaux alourdissent en effet deux des plus gros postes de dépenses du secteur : les charges salariales et l’immobilier. «Le but est d’avoir un maillage plus efficace», explique ainsi un porte-parole de la Société générale. Les agences déficitaires – celles dont les charges de fonctionnement ne compensent pas les revenus générés par les clients – sont nombreuses en milieu rural. «Dans le Gers ou en Ariège par exemple, précise Frédéric Guyonnet, le président du Syndicat national de la banque (SNB CFE CGC). Pour prendre le cas de la Banque populaire occitane, sur 220 agences, une dizaine doit être déficitaire.»
Plusieurs centaines de guichets disparaissent tous les ans
Le client doit donc se préparer à parcourir plusieurs kilomètres de plus pour négocier son crédit immobilier… Mais pas que. Car, dans leur démarche de rationalisation, et alors que les paiements en espèces ne cessent de reculer, les banques s’attaquent aussi à leurs distributeurs automatiques de billets, les DAB. «Le coût moyen de maintenance d’un distributeur, c’est 50 000 euros par an», chiffre Frédéric Guyonnet. Et si les banques ne coopèrent pas pour organiser la distribution de leurs agences, elles acceptent en revanche de s’allier pour mutualiser leurs DAB. Ainsi, le Crédit mutuel, BNP Paribas et Société générale ont déployé le réseau Cash Services depuis 2023.
Si la pression est forte, c’est aussi que la France reste le pays le plus bancarisé d’Europe, avec 492 agences pour 1 million d’habitants, contre une moyenne de 289 dans l’Union européenne. «Les autorités européennes poussent les banques françaises à diminuer leur nombre d’agences, pour être compétitives face aux banques chinoises et américaines. Et je vous assure qu’elles mettent la pression», rapporte Frédéric Guyonnet.
Heureusement, quelques freins subsistent à ces plans d’économies. A commencer par la peur de la casse sociale, alors que ces grandes banques restent profitables. On assiste donc surtout à des regroupements d’agences, avec reclassement des salariés, qui permettent d’afficher des horaires élargis. Le retrait sera donc ordonné. «Maintenir une présence locale, c’est garder une publicité, éviter les retombées négatives dans les médias et ne pas laisser la place aux concurrents», indique Marin Delattre, consultant spécialisé dans le secteur bancaire chez Sia Partners.
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