Le diable est parfois dans les sous-sols. Même dans ceux des Champs-Elysées, ou plus précisément de la Maison de l’Alsace, sur la célèbre avenue… Depuis dix ans, une sombre affaire de cave oppose en effet le propriétaire de l’adresse, la Collectivité européenne d’Alsace (l’ex-région Alsace), au fonds Citefi, bras armé de l’émir du Qatar, qui détient l’immeuble adjacent du 53, au sein duquel se situe L’Atelier Renault. En cause: les fondations en béton de ce showroom automobile, consolidant les trois étages de parkings en sous-sol, sur lesquelles des ouvriers sont tombés en 2012, alors qu’ils s’employaient à rénover la vitrine parisienne de l’Alsace, en mauvais état. Et qu’ils cherchaient, conformément aux promesses faites à l’exploitant, le groupe de restauration Bertrand, à dégager de la place pour gérer la cave comme les stocks, et à installer un monte-charge.

L’empiètement remonte sans doute au temps de la construction du numéro 53, bien avant son acquisition par l’émir du Qatar, mais qu’importe: les Alsaciens entendent faire payer à leur voisin le dépassement de budget dû à l’arrêt du chantier et à l’adaptation du monte-charge. Alors que toute tentative de conciliation a échoué, voilà donc une collectivité régionale, comptable de l’argent de ses concitoyens, lancée dans une longue procédure judiciaire à l’encontre du plus haut représentant de l’Etat du Golfe, par ailleurs réputé pour rafler sans coup férir les pépites immobilières de Paris.

Digne de Clochemerle, la querelle n’est pourtant pas aussi anecdotique qu’elle en a l’air. Elle rappelle que les Champs-Elysées d’aujourd’hui ne sont en réalité que le produit d’un long enchaînement de chantiers. Tous les immeubles de l’avenue ont fait l’objet, à un moment ou un autre, d’une rénovation ou d’une transformation radicale. Un moyen pour les propriétaires d’attirer de nouvelles enseignes et, au passage, d’augmenter le montant des loyers. A l’approche des Jeux olympiques de Paris 2024, ce phénomène de lifting permanent connaît d’ailleurs un nouvel élan, et des entreprises du bâtiment sont à la manœuvre à tous les niveaux de l’artère.

On recense près d’une dizaine d’opérations importantes en cours: masqué par une immense bâche aux couleurs de Dior, l’ancien immeuble de la banque HSBC, propriété du fonds souverain du Qatar, est l’objet d’une rénovation complète destinée à accueillir une ou plusieurs marques du géant du luxe LVMH, tandis qu’en remontant vers l’arc de triomphe de l’Etoile, juste avant le magasin Christian Dior, c’est Yves Saint Laurent, un autre champion français du luxe, qui va s’installer dans un immeuble détenu par le fonds Aerium. Ce n’est pas tout: un peu plus bas, sur le trottoir d’en face, la galerie du Claridge, propriété d’Axa, se transforme complètement pour accueillir le nouveau magasin «flagship» de l’entreprise de prêt-à-porter Zara. Quant à la Galerie 66, elle a également été fermée, en vue de devenir un lieu entièrement dédié à la restauration.

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