Tous les deux ans, le programme national de dépistage du cancer du sein invite toutes les femmes de 50 à 74 ans à réaliser une mammographie. L'objectif est simple : détecter le cancer le plus tôt possible pour maximiser les chances de guérison. Pourtant, les chiffres récents de Santé publique France sont préoccupants. Entre 2021 et 2022, seulement 47,7% des femmes éligibles ont participé au dépistage organisé.

La participation varie d'une région à l'autre, révélant des inégalités d'accès au dépistage. La Guyane affiche le taux le plus faible, avec seulement 21,2% de participation, suivie de près par l'Île-de-France. À l'inverse, les Pays de la Loire s'en sortent mieux avec un taux de 55,3%, le plus élevé du pays. L’Occitanie et la Corse présentent également des chiffres décevants, avec des taux de participation respectifs de 43% et 33%. Cette situation s’explique en partie par une dégradation de la densité des radiologues.

«On compte en moyenne 13 radiologues pour 100 000 habitants et cela risque de se dégrader avec le vieillissement de la profession. Surtout, tous les territoires ne sont pas égaux et au sein même d’un département, il peut y avoir des différences. Dans les Pays de la Loire, la densité n’est que de 9,5 radiologues (pour 100 000 habitants)», précise Pierre Bergerot, président de la Ligue du Cancer. En plus de cela, la mammographie est victime de désamour par rapport aux autres pratiques radiologiques comme l’IRM, ce qui réduit l’offre de service.

Des délais d'attente alarmants

L’un des principaux problèmes réside dans les délais d’attente pour obtenir une mammographie, qui varient considérablement d'une région à l'autre. Certaines patientes peuvent attendre jusqu’à 24 mois, si bien qu'elles reçoivent leur second appel au moment de leur prochain dépistage. En Bretagne, qui n’est pas une région particulièrement sinistrée, les délais vont de 1 mois dans le Finistère à 2 ans dans les Côtes-d’Armor. Toutefois, «en cas de suspicion, le processus peut être accéléré», rassure Pierre Bergerot. Des temps d’attente bien loin des six semaines maximum recommandés par les autorités de santé entre la mammographie d’alerte et le début du traitement.

«Début septembre, je me suis rendue au centre de dépistage de ma ville, et deux semaines plus tard, le jour de mon anniversaire, je reçois un appel pour réaliser des examens complémentaires m’indiquant qu’il y a une masse repérée au niveau du sein gauche. Dans la foulée, j’ai contacté les centres de radiologie et cliniques autour de chez moi. Sur les cinq contacts, tous affichaient complets jusqu’en décembre, voire début 2025. Heureusement, il y a eu un désistement», raconte Nathalie, 59 ans, habitante de la Grande Motte, qui a pu éviter des mois d’attente et d’angoisse. Mais une fois arrivée à la clinique, surprise : «La mammographie était en panne.» Nathalie devra donc reprendre rendez-vous pour réaliser le reste de son examen.

Des mammobiles, mais pas pour toutes

Pour pallier les difficultés d'accès aux centres de radiologie, certaines régions ont mis en place des unités mobiles de dépistage, les mammobiles. Ces véhicules se déplacent dans des zones rurales ou isolées afin de permettre aux femmes de bénéficier d'une mammographie sans avoir à parcourir de longues distances. Aujourd’hui, deux territoires se démarquent particulièrement : l’Orne et l’Hérault. C’est dans ce dernier qu’est née la première initiative en 1990 à Montpellier.

Dans l’Hérault, environ un quart des dépistages ont été réalisés grâce à la mammobile, permettant à plus de 10 000 femmes d'accéder à cet examen. Dans l'Orne, ce chiffre grimpe à 48%. Cependant, ces unités mobiles sont rares et souvent mal réparties : à Paris, il n’y en a qu’une ou deux, et la situation est similaire dans d'autres départements comme l'Ariège.

Aujourd'hui, cinq projets de mammobile sont en cours de développement pour améliorer la couverture dans des régions comme Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Pays de la Loire, Normandie et le Nord. Mais, malgré l'efficacité prouvée de ces structures, l’absence de fédération nationale pour coordonner les initiatives de mammobiles freine leur expansion. Chaque projet dépend de la bonne volonté des départements, des communes ou des associations de radiologie, rendant leur mise en place disparate.