Un ministre «à l’écoute», mais «extrêmement prudent» sur ses intentions. Les syndicats de fonctionnaires sont ressortis perplexes de leurs premiers échanges avec le nouveau gouvernement, à quelques jours d’un projet de budget qui pourrait acter des suppressions de postes dans le secteur public. «Les discussions ont été franches», mais «nous n’avons pas eu de réponse à nos questions», a résumé auprès de l’AFP le secrétaire général de l’Unsa Fonction publique, Luc Farré, reçu ce jeudi 3 octobre par le nouveau ministre de la Fonction publique et de la Simplification, Guillaume Kasbarian.

Lundi 30 septembre, quand la CGT a inauguré le cycle d’entretiens du ministre avec les syndicats, deux revendications surnageaient : l’abandon du projet de réforme des rémunérations et des carrières dans la fonction publique, porté par son prédécesseur Stanislas Guerini, et une augmentation générale des salaires.

Les effectifs de fonctionnaires dans le viseur du gouvernement

Mais la question des effectifs s’est invitée, mercredi 2 octobre, dans les discussions, après la publication d’un rapport de la Cour des comptes soulignant que la suppression progressive de 100 000 emplois dans les collectivités locales permettrait «une économie importante». Le syndicat FO Territoriaux s’est empressé de dénoncer, dans un communiqué, une «réflexion purement comptable» et «inacceptable».

L’entourage de Guillaume Kasbarian a appelé à ne pas «interpréter» le rapport, tout en avouant «partager l’analyse» de la Cour «sur l’optimisation des services publics locaux». Le gouvernement réfléchit parallèlement à d’autres baisses d’effectifs, cette fois dans les ministères, dans le cadre du projet de budget pour 2025. D’ailleurs, Michel Barnier, le Premier ministre, l’a clairement assumé, ce jeudi : «On va fusionner des services publics, on va sans doute ne pas remplacer tous les fonctionnaires quand ils ne sont pas en contact direct avec les citoyens et tous les fonctionnaires qui partent en retraite», a-t-il déclaré sur le plateau de l’émission L’Evénement, sur France 2.

Reçue mercredi, la secrétaire générale de la CFDT Fonctions Publiques Mylène Jacquot a notamment insisté sur la question salariale, à l’heure où les huit organisations représentatives réclament une nouvelle augmentation générale après celles de 2022 (+3,5%) et 2023 (+1,5%). «Il faudra bien nous répondre à un moment donné», a-t-elle insisté. Pour la CGT Fonction publique aussi, «l’année 2024 ne saurait être une année blanche» sur le plan salarial.

Toujours aucun engagement sur une revalorisation salariale des agents publics

La centrale de Montreuil revendique une augmentation de 10% du salaire de base des fonctionnaires, mais Guillaume Kasbarian «ne s’est absolument pas engagé sur quelque annonce que ce soit», a indiqué à l’AFP Natacha Pommet, une représentante de la CGT.

Président de la Fédération autonome de la Fonction publique (FA-FP, 8e syndicat), Pascal Kessler souligne que l’ex-ministre du Logement a été «beaucoup plus affirmatif» sur son «envie» de reprendre en main le dossier du logement des agents publics, quelques mois après un rapport parlementaire qualifiant d’«insoutenable» la situation des fonctionnaires en la matière.

Enfin, sur le sujet de la simplification, une semaine après avoir promis de «débureaucratiser à tous les étages», le ministre «a tenu à clarifier ses propos», en précisant que «ce n’était pas une critique sur les agents», se félicite Mylène Jacquot. Une clarification bienvenue puisque «les défis de la fonction publique aujourd’hui, c’est quand même de réussir à attirer et à donner aussi envie aux gens de rester», poursuit-elle.

Pour Christian Grolier, «ces dernières années» dans la fonction publique, «la simplification et la numérisation se résumaient à des suppressions de postes et restructurations». «Si c’est ça» que le gouvernement prévoit, «on sera en totale opposition», prévient-il, se disant toutefois prêt à «regarder comment améliorer l’efficacité du service public, le service rendu à l’usager». Guillaume Kasbarian doit boucler lundi 7 octobre ce premier cycle de discussions, en recevant Solidaires-FP, la CFE-CGC et la FSU. Sollicité par l’AFP pour commenter la teneur des premiers échanges avec les syndicats, le ministère de la Fonction publique, de la Simplification et de la Transformation de l’action publique n’a pas souhaité réagir.