
Le Bitcoin parviendra-t-il à déjouer les pronostics ? Les paris vont bon train sur l’évolution de la reine des cryptomonnaies cette année (un peu moins de 1 600 milliards d’euros de capitalisation au 09 janvier).
Au cœur des débats : la théorie du cycle de 4 ans, selon laquelle elle devrait connaître une correction dans les prochains mois. Une hypothèse battue en brèche par plusieurs experts qui estiment que son succès auprès du grand public et des acteurs de la finance traditionnelle pourrait lui permettre d’éviter ce scénario.
Un actif comme les autres
Pour comprendre cette prévision, il faut revenir aux fondamentaux du Bitcoin. Tous les quatre ans, la crypto connaît un «halving», c’est-à-dire une division par deux de la récompense offerte aux mineurs qui en produisent les blocs. La création de nouveaux jetons est ainsi ralentie, afin de retarder l’atteinte des 21 millions d’unités prévues par le créateur du Bitcoin, Satoshi Nakamoto. «Historiquement, on constate une hausse du marché l’année précédent le halving et celle qui suit. Il s’ensuit généralement un an de très forte correction, puis un autre de stagnation, avant de voir le marché repartir», explique Nicolas Louvet, dirigeant de la plateforme d’échanges Coinhouse. Le dernier halving ayant eu lieu en 2024, 2026 devrait donc être l’année de la correction si le schéma se confirme (comme cela a été le cas lors des précédents halvings de 2012, 2016 et 2020).
Mais cette fois, l’histoire pourrait bien ne pas se répéter… En premier lieu, l’année 2025 n’a pas été aussi bonne qu’attendu. Après avoir atteint son plus haut historique à 107 662 euros (126.000 dollars) le 6 octobre, le Bitcoin a très fortement plongé, ne retrouvant quelques couleurs que dans les dernières semaines de l’année. «C’est quasiment le double par rapport à son dernier record (76 000 dollars en 2021), mais c’est loin des prévisions les plus optimistes, qui tablaient sur une fourchette entre 140 000 et 150 000 dollars et surtout sur une fin d’année plus dynamique», appuie Nicolas Louvet.
Autre argument relativisant le cycle de 4 ans : le marché a fondamentalement changé. D’un produit de niche s’adressant à quelques initiés, le Bitcoin est devenu un actif mainstream, très populaire auprès des investisseurs particuliers (un peu moins de 4 millions de Français en détiendraient d’après l’Association pour le développement des actifs numériques, Adan). Les plateformes d’échanges en ligne se sont multipliées, démocratisant son accès, avant que les ETFs cryptos parachèvent son succès auprès des particuliers et participent à réduire fortement sa volatilité. Fin novembre dernier, ces fonds cotés géraient encore près de 180 milliards de dollars d’encours (154 milliards d’euros, toutes cryptos confondues), d’après le cabinet d’analyse spécialisé ETFGI.
En parallèle, les flux d’investissement ont augmenté avec l’arrivée d’acteurs de la finance traditionnelle, telles que des banques et des sociétés de gestion (Vanguard, BlackRock…) ainsi que des institutionnels (les fonds souverains d’Abu Dhabi et du Luxembourg, les fonds de dotation des universités américaines Harvard et Brown…).
«Le marché est plutôt sain»
L’immersion de la finance centralisée dans celle dite «décentralisée» (DeFi) a comme bon côté de soutenir les marchés cryptos. Mais elle a aussi des revers... «Quand leurs cours baissent de manière importante, des appels de marge peuvent se déclencher pour les investisseurs qui ont recours aux effets de levier, comme les hedge funds. Cette réaction en chaîne amplifie alors la correction», explique Alexandre Baradez, responsable des analyses marchés de la plateforme de trading IG.
En parallèle, les gérants et investisseurs professionnels ont importé dans la DeFi leurs méthodes de gestion, ce qui peut également compliquer les choses. «En cas de stress au niveau macroéconomique, ils ont généralement tendance à vendre leurs actifs les plus risqués en premier, en commençant par les cryptos, avant de s’alléger sur les autres classes d’actifs comme les actions», poursuit Alexandre Baradez. Cette stratégie progressive s’est observée selon lui en octobre dernier, lorsque le Bitcoin a brusquement reculé suite à l’annonce de barrières douanières des Etats-Unis à l’encontre de la Chine. Or, la hausse des tensions géopolitiques à l’international n’augure rien de bon pour les prochains mois. D’autant que des événements font déjà craindre des mouvements de déstabilisation, comme les élections de mi-mandat de novembre aux Etats-Unis…
Pour l’heure, le Bitcoin se porte relativement bien. A un peu plus de 78 000 euros, son cours s’affiche en hausse d’environ 3,5% depuis le début de l’année. «Le marché est plutôt sain et sa valorisation ne semble pas excessive, estime Nicolas Louvet. L’hypothèse du cycle de 4 ans du Bitcoin est questionnable car il n’y a pas de raisons fondamentales à une correction cette année. Si son cours baisse, il faudra plutôt regarder du côté des facteurs macro-économiques et géopolitiques, qui impacteront de toute façon les autres classes d’actifs en premier».
Alexandre Baradez identifie plusieurs facteurs de soutien au Bitcoin, telles que la prochaine baisse attendue des taux directeurs de la banque centrale américaine et la correction du dollar. «La correction de fin 2025 a créé des opportunités pour les investisseurs qui voudraient se positionner sur le marché», appuie-t-il. 2026 devrait donc permettre de savoir si la transformation du marché du Bitcoin a été suffisante pour l’affranchir de son schéma de cycle de 4 ans… Signe peut-être qu’il serait devenu un actif spéculatif risqué comme un autre.

















