Alors que le gouvernement tente de trouver 40 milliards d'euros d'économies pour le budget 2026, l'abattement fiscal de 10% dont bénéficient actuellement les retraités pourrait bien être l’un des principaux leviers envisagés. En effet, la suppression de ce cadeau fiscal représenterait pas moins de cinq milliards d’euros d’économies par an. L'idée agite les couloirs de Bercy, sans qu'aucune décision n'ait encore été tranchée. Ni Eric Lombard, ministre de l'Economie, ni Catherine Vautrin, ministre du Travail, n'ont donné de réponse claire. «Aucun tabou», souffle le premier ; «rien n'est arbitré», assure la seconde.

Pourtant, la seule évocation de cette suppression suffit à faire bondir. Laurent Wauquiez, chef de file des députés LR, a d'ores et déjà prévenu au micro de franceinfo le 23 avril : «Nous ne voterons pas de budget qui pénalise les retraités.» Dans l’opinion publique aussi, le sujet divise. Selon un sondage Elabe publié le même jour, 54% des Français estiment que les retraités ont un niveau de vie plus faible que les actifs. Une réalité ?

Les retraités ont une situation financière «relativement favorable»

Pas forcément, selon la Cour des comptes. Dans son rapport publié en février dernier, l'institution est claire : avec une pension moyenne s’élevant à 1 626 euros brut par mois fin 2022, «les retraités bénéficient d’une situation financière relativement favorable par rapport au reste de la population, notamment avec un taux de pauvreté inférieur». Les Sages de la rue Cambon assurent ainsi qu’en 2022, 10,8% des retraités vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14,4% pour l'ensemble de la population.

Même à l’échelle internationale, les retraités français tirent plutôt leur épingle du jeu. «En France, le niveau de vie des retraités est similaire à celui des actifs, alors qu’il est un peu inférieur en Allemagne et dans la moyenne des pays de l’OCDE», note la Cour, qui évoque un ratio (niveau de vie des retraités / niveau de vie des actifs) de 99,8% pour la France contre 87,8% pour nos voisins allemands. En clair, les retraités français vivent presque aussi bien que les actifs. Car même avec des revenus bruts légèrement inférieurs, le niveau de vie des retraités, souvent propriétaires, rattrape celui des actifs, qui ont encore souvent un loyer à payer ou un crédit immobilier à rembourser.

D’autant que les retraités profitent d'un avantage bien inscrit dans la loi : leurs pensions sont automatiquement indexées sur l'inflation, conformément au Code de la Sécurité sociale. Cette règle s'applique à tous les régimes de base, sans distinction. Côté salariés, l’histoire est bien différente : la revalorisation de leur salaire en fonction des prix ne concerne que ceux payés au Smic — soit seulement 14,6% des salariés du privé en 2024, environ 2,7 millions de personnes.

La vapeur se renversera d’ici 2045

Mais la Cour des comptes avertit que cette situation enviable des retraités ne devrait pas durer. Car si le niveau de vie des retraités reste aujourd'hui équivalent à celui des Français, «il devrait devenir inférieur en moyenne à celui des actifs» d’ici 20 ans. D’abord, parce que les pensions progresseront beaucoup moins vite que l’ensemble des salaires. Selon la Cour, la pension nette moyenne ne devrait augmenter que de «0,2 à 0,3% par an entre 2025 et 2045», quand, dans le même temps, le revenu d'activité moyen grimperait de «0,8 à 0,9% par an». L’institution pointe une cause structurelle : «Les gains de productivité bénéficieront principalement aux revenus d’activité». Tandis que les pensions, elles, resteront par définition indexées «principalement sur l'inflation»​. Résultat, l'écart de niveau de vie se creusera au fil des années.

Certains retraités n'auront pas besoin d'attendre 2045 pour voir leur niveau de vie décrocher. C’est déjà une réalité pour les femmes, dont les pensions de droit direct restent inférieures de 38% à celles des hommes — un écart qui se réduit à 26% seulement en comptant les pensions de réversion​. La Cour des comptes pointe les raisons bien connues : «Des carrières en moyenne plus courtes, souvent interrompues pour l'éducation des enfants, un recours plus fréquent au temps partiel et des salaires plus faibles.»