
Sa sœur a fait des études supérieures, lui s’est arrêté au bac. «Comme quoi, avec les mêmes parents, on peut avoir des parcours de vie différents sans prédestination sociale», sourit Jean-Philippe Cartier. A 51 ans, cet homme d’affaires a vendu à la fin des années 2000 pour plusieurs dizaines de millions d’euros, un portail Internet de petites annonces automobiles (Autoreflex.com), créé dix ans plus tôt en cassant le PEL ouvert par ses parents. Devenu depuis multi-investisseur, il aime raconter sa trajectoire marquée par le mot «entreprendre». «C’est une façon formidable d’être indépendant et d’avoir la maîtrise de sa vie.»
Cela a commencé tôt. Adolescent, il s’était fait tancer par son lycée car il revendait à ses camarades des jeux vidéo importés du Japon. Après un échec à 18 ans dans la conciergerie en ligne, le jeune homme crée donc son site d’annonces, avec le succès que l’on sait. Et, pour celui qui est né sous le signe des Gémeaux – «Nous sommes des gens curieux aimant faire plein de choses différentes» –, pas question de se relancer dans une mono-activité. Il préfère, en 2009, fonder une holding d’investissement, baptisée H8 Invest, et prendre des parts majoritaires ou minoritaires dans des secteurs éclectiques : les restaurants Loulou, la start-up d’intelligence artificielle Ami Labs, la fintech Lending Club ou encore la biotech Avrion Therapeutics… Une filiale d’hôtels haut de gamme, H8 Collection, a aussi été constituée à partir de 2014 puis revendue en 2020. Mais ce passionné de beaux établissements en possède encore quatre, dont le célèbre Mont-Blanc à Chamonix.
Entrepreneur passionné par l'économie et la politique
«Un jour, on m’a demandé quelle était la synergie de ces différents investissements. J’ai répondu : “aucune !” Je ne m’interdis rien tant que cela me plaît et que je comprends.» A ce sujet, cet autodidacte confesse avoir beaucoup travaillé pour rattraper tout ce qu’il aurait pu apprendre dans une école ou à la fac. «On peut avoir l’impression d’avoir des lacunes par rapport à un diplômé, mais cela disparaît avec le temps et l'expérience» Sa nouvelle passion, qui a nettement contribué à accroître sa visibilité médiatique, a toujours un lien avec l’économie, mais concerne cette fois le champ politique. Alors que la campagne pour la prochaine élection présidentielle va bientôt démarrer, Jean-Philippe Cartier s’inquiète du discours hostile aux chefs d’entreprise, véhiculé par des économistes et des hommes politiques mettant dans le même sac la multinationale et la PME du coin. «On veut faire passer tous les patrons pour des profiteurs, alors que ce sont des créateurs d’emploi qui prennent des risques tous les jours.»
D’où sa volonté, avec d’autres dirigeants, de peser sur les débats avec le lancement d’une association, Le Pouvoir de l’Action, et la publication prochaine de propositions destinées à soutenir l’activité et l’emploi. «Il faut plus de liberté, mais aussi redonner le goût du travail, qui doit rapporter plus que l'assistanat. Cela passe par de meilleures rémunérations avec un abaissement des charges, le coût du travail étant devenu prohibitif.»
Par ailleurs, constate-t-il, malgré un record d’imposition en France, les services publics fonctionnent mal et la dette ne cesse de s’accroître. Une remise à plat de la gestion de l’Etat s’impose pour la rendre plus efficace. Le prochain ministre de l’Economie en 2027 aura du pain sur la planche. Du travail pour un autodidacte ?
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