
«Communauté : groupe de personnes qui sont fédérées et liées par un objectif, un enjeu, un besoin commun. Et qui vont interagir et créer de la valeur entre elles et/ou pour une marque.» La définition est posée par Noémie Kempf, brand strategist & créatrice, entre autres de The Storyline, une newsletter dans laquelle elle décortique les stratégies d'une marque de référence. Elle réunit plus de 9 000 abonnés sur LinkedIn et près de 6 000 sur sa page Substack pour ses diverses publications. «Créer une communauté, c'est une problématique pour la plupart des entrepreneurs, constate l'experte. Beaucoup ne se lancent pas pour les bonnes raisons et ne font pas la différence entre audience et communauté». Une audience, avec des compteurs qui grimpent sur les réseaux sociaux reste souvent une «masse anonyme et passive», quand la communauté révèle un «engagement maximisé».
Une newsletter pour rassembler autour d'un rendez-vous régulier
L'autrice du livre Le pouvoir des communautés, (éditions Eyrolles) recommande tout d'abord de se poser la question de son objectif : «pourquoi créer une communauté ? Est-ce que je recherche des ambassadeurs, ou des personnes qui me font un retour sur mes produits Aussi, je dois identifier le besoin des gens dans mon domaine. C'est du donnant-donnant». Dès lors, on doit aussi évaluer ce que l'on est prêt à donner, en termes de temps et de sens.
Deuxième étape : «aller chercher des personnes qui peuvent correspondre» à nos valeurs. «Au début, on est un peu solo. Il faut expliquer, commencer petit. Lancer une invitation partout où on peut et offrir à ces personnes un espace pour interagir », comme Discord, Slack, ou des groupes WhatsApp. Mais également « se faire inviter et se rendre visible sur des comptes où il y a déjà une communauté», recommande Noémie Kempf. Autant de mesures qu’elle a elle-même expérimentées pour faire grandir sa communauté. Et qu’elle déploie dans son business de coaching pour aider les entrepreneurs à mettre en place leur stratégie marketing ou dans son école du Community Building, Komuno.
L’enjeu est enfin de constituer une base mail, pour ne pas exister uniquement sur un réseau social. «C'est un piège, car on n'a pas le contrôle, observe-t-elle. Le but est de capturer des individus pour les ramener sur un espace où on a la main». Pour cela, la newsletter se révèle être un outil efficient, un lien direct. Elle permet de s'exprimer à la première personne et «d'incarner en tant que founder et d'être à l'écoute de ses membres, ça donne une teinte sincère au projet». Comme souvent, c'est la régularité qui va payer. La fréquence de publication est «nécessaire pour que la conversation aille bon train, au moins deux à trois fois par semaine. Il faut aussi se connecter tous les jours et s'assurer que les gens ont des réponses à leurs questions», conseille Noémie Kempf. Tous les conseils qu’elle donne, c’est ce qu’elle a mis en pratique !
Sur Instagram, un contenu solide et incarné
L'interaction, c'est aussi une des clés de Julie Debatty, coach de fitness aux 458 000 abonnés sur Instagram. «Je mets un point d'honneur à répondre à tous les messages et commentaires», précise l'entrepreneure à l'énergie communicative. Comme chacun, Julie est partie de zéro, avec une activité professionnelle déjà installée. «J'ai commencé à partager des petits conseils et des vidéos d'exercices sportifs en réponse au grand nombre de contenus postés par des non-professionnels», raconte-t-elle. Pendant le Covid, certaines publications virales font grossir l'audience. «Ça a marché parce que j'avais déjà beaucoup de contenu derrière. Si on fait un buzz avec une vidéo, sur un compte pauvre, c'est juste un one shot.»
Pour Julie Debatty, difficile de définir une stratégie qui fonctionne avec chacun. Elle recommande tout d'abord de «ne pas avoir peur de faire du gratuit. Si tu ne donnes rien, les gens n'ont aucun intérêt à te suivre. Via le contenu gratuit, ils voient que tu connais ton sujet, ils comprennent ta personnalité, cela installe la confiance ». Pour faire grossir sa communauté, il faut aussi construire sa toile avec persévérance : « la patience, c'est la clé. C'est un travail de fond, laborieux», reconnaît-t-elle.
Autres conseils de la pro d'Instagram : regarder régulièrement ses statistiques, observer les horaires qui fonctionnent, et toujours inviter subtilement les abonnés à interagir. Quant aux posts sponsorisés, Julie Debatty recommande d'y consacrer des contenus spéciaux, hors fil Instagram. Il faut aussi jouer le jeu de l'incarnation. «Si les gens vous suivent, c'est vous qu'ils ont envie de voir, analyse Julie Debatty. Si une créatrice de bijoux ne montre que ses produits, les gens ne vont pas forcément accrocher. Voir comment elle fabrique, gère ses stocks, les commandes, c'est authentique. On est toujours le meilleur ambassadeur de son produit.» Avec «le sourire» et un «magnétisme», revendique l'experte.
Se rencontrer en vrai
Alison Cavaillé-Jouannet, fondatrice de la marque de vêtements d'allaitement Tajinebanane parie également sur la sincérité pour fédérer sa «communauté». Un discours très franc et sans filtre qui lui vaut aujourd'hui l'amour de 64 300 abonnés sur son compte personnel (@cloudiies) et 260 000 sur celui de la marque, qu'elle gère elle-même depuis les débuts. Elle avoue regretter parfois le terme «stratégie» pour réussir sur les réseaux sociaux. «Soit tu fédères, soit tu ne fédères pas. Mais pour rassembler, il faut être sincère. On n'achète pas des amis», résume-t-elle. Très vite et naturellement, celle qui avait peur du terme «communauté» a eu envie et besoin de rencontrer celles qui la suivaient. La marque a ainsi multiplié les «pop-up» les premières années (près de 400 par an !), des «petits stands sur lesquels les clientes pleuraient parce que Tajinebanane représentait un moment de leur vie. Quand on est en post-partum, et qu'on allaite, on a le sentiment d'être en dehors des groupes sociaux», et c'est ce que la marque et sa fondatrice ont tenté de combler.
D'autres événements physiques s'organisent : la Fête du sleep, avec des activités kids-friendly, des moments de co-construction avec des appels à casting auprès des clientes ou des rencontres improvisées. «A chaque fois que j'étais en voyage ou en déplacement, je disais où j'étais et on allait boire des cafés ! J'ai même déjà dormi chez une fille de ma communauté, parce que j'avais fait la demande sur Instagram. C'était une de mes meilleures soirées !» Pour Alison, tout cela permet de garder «un lien avec la clientèle», précieux lorsque l'entreprise grandit. «À chaque fois que je vais au plus près de nos clientes, je ressors inspirée !»
Avec le temps, la communauté d'Alison a évolué avec elle : plus d'allaitement mais des enfants qui grandissent, des envies de retrouver son corps et une nouvelle «communauté autour du déclic sportif». Désormais, elle organise aussi des séjours sportifs. L'idée a été lancée sans calcul, et les places se sont arrachées en quelques minutes. «Tout ce que j'ai envie de faire, je le fais», observe l'inspirante Alison. Et de revendiquer une forme de liberté de l'exercice, dans laquelle puiser l'inspiration. «Quand on est dans le 'je dois', on perd la créativité. Recruter pour se faire aider et apporter un nouveau regard, prendre un peu de hauteur, faire une pause, permettent de revenir avec de l'énergie et du souffle», analyse-t-elle. Pour mieux inspirer sa communauté.
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