«Il y a seulement 45% de seniors en emploi. Mécaniquement, c’est 55% de cotisants seniors en moins pour les caisses de retraite», constate Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC, à l’issue du conclave de jeudi dernier, où les partenaires sociaux s’emploient chaque semaine à «trouver des pistes d’amélioration» de la très polémique réforme des retraites. Face à ce déséquilibre, le gouvernement cherche par tous les moyens à réduire l’hémorragie des dépenses publiques, tout en espérant inciter les travailleurs plus âgés à reprendre le chemin de l’emploi. Pour y parvenir, l’assurance chômage va durcir les règles dès le 1er avril 2025.

Entre autres conséquences, une durée d’indemnisation des seniors raccourcie. Une double peine lorsqu’on sait qu’ils sont déjà parmi les plus touchés par le chômage de longue durée. Selon des chiffres de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), au troisième trimestre 2023, les chômeurs de plus de 55 ans passent en moyenne 713 jours inscrits chez France Travail (ex-Pôle emploi). C’est deux fois plus que la durée moyenne de l'ensemble des demandeurs d'emploi, qui restent au chômage «seulement» 312 jours.

C’est la raison pour laquelle actuellement, les demandeurs d’emploi âgés de 53 ou 54 ans à la fin de leur contrat peuvent toucher leur allocation chômage pendant 685 jours, soit 22 mois et demi. Une disposition plus avantageuse donc, destinée à compenser les difficultés de reclassement des seniors. A titre de comparaison, la plupart des chômeurs doivent se contenter d’une couverture de 18 mois maximum. Mais cet avantage va bientôt être raboté. D’ici quelques jours, l'âge minimum pour bénéficier d’une indemnisation prolongée va être relevé de deux ans. Autrement dit, ce coup de pouce, accessible dès 53 ans aujourd’hui, ne le sera plus avant 55 ans. Une évolution qui s’aligne sur la réforme des retraites, laquelle repousse progressivement l’âge de départ de 62 à 64 ans. Résultat : les chômeurs de 53 et 54 ans verront leur durée d’indemnisation chuter à 18 mois maximum comme le reste des demandeurs d’emploi. Soit une perte nette de 4,5 mois d’allocation… A moins, bien sûr, de retrouver un emploi entre-temps.

Un dispositif de maintien des droits pour certains allocataires

Heureusement, certains seniors pourront contourner cette règle et prolonger leur indemnisation jusqu’à l’âge de la retraite à taux plein : c’est ce qu’on appelle le dispositif de maintien des droits. En clair, si un demandeur d’emploi indemnisé par l’Unédic a au moins 64 ans (contre 62 ans actuellement), et qu’il n’a pas validé tous ses trimestres pour une retraite à taux plein, il peut continuer à percevoir son indemnisation. Et ce, jusqu’à 67 ans maximum. Un filet de sécurité non négligeable, mais qui ne profite encore qu’à une minorité de demandeurs d’emploi. Selon une étude de l’Unédic publiée en mars 2024, ce sont ainsi «trois allocataires sur dix âgés de 62 ans [soit la borne d’âge actuelle, NDLR] et plus – soit environ 20 600 personnes – [qui] bénéficient de ce dispositif». Avant d’y prétendre, mieux vaut s’assurer de remplir tous les critères d’éligibilité définis par France Travail !

Dernier grand changement pour les demandeurs d’emploi : la période de référence servant à calculer l’indemnisation va être raccourcie. Au 1er avril, ce ne sont plus les 36 derniers mois qui seront pris en compte, mais seulement 24 mois pour les chômeurs de moins de 55 ans. Ainsi, si vous perdez votre emploi à 54 ans, votre allocation sera désormais calculée sur les deux dernières années de votre carrière, au lieu de trois.