
Faute de trouver un logement, des étudiants dorment dans des parkings, déplorait Didier Bellier-Ganière, délégué général de la Fédération des promoteurs immobiliers, lors du dernier point de conjoncture de la FPI. La politique publique du logement serait pourtant plus favorable aux étudiants qu’aux jeunes actifs, selon un rapport de la Cour des comptes publié ce mercredi 19 mars. «La politique d’accès au logement des 18-30 ans n’est pas pensée comme un tout cohérent. Ce sont surtout les étudiants qui ont bénéficié de dispositifs déployés au regard de leurs besoins», estime l’institution.
Elle en veut pour preuve le parc de 385 000 logements en résidences universitaires qui leur est consacré. Ainsi que les modalités d’attribution des aides personnelles au logement (APL), qui «comportent des aspects favorables aux étudiants». Par exemple, les revenus des parents ne sont pas pris en compte dans le calcul des APL, même si l’étudiant est rattaché à leur foyer fiscal. Les étudiants représentent ainsi 60% des attributaires de moins de 30 ans des APL, «un pourcentage supérieur à leur part dans cette catégorie d’âge», pointe du doigt la Cour des comptes.
Des disparités de traitement peu compréhensibles
En comparaison, «le soutien public à l’accès au logement des jeunes non étudiants, majoritaires dans leur classe d’âge à compter de 21 ans, est moindre», juge la Cour des comptes. Les efforts menés par les pouvoirs publics depuis une dizaine d’années en faveur du “logement jeune” «ont des effets limités», dans le parc HLM comme dans le parc privé, insiste-t-elle. A l’appui de ce constat, une estimation de l’inspection générale de l’environnement et du développement durable, selon laquelle les deux réseaux consacrés aux jeunes actifs - les foyers de jeunes travailleurs et les résidences sociales jeunes actifs - offrent 68 000 places, soit quatre fois moins que dans les résidences universitaires à vocation sociale.
Si l’accès au logement est inégal entre étudiants et jeunes actifs, c’est parce que cette problématique «se trouve à la croisée de silos administratifs résultant d’une approche par sous-populations cibles (apprentis, jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance, jeunes précaires, etc.)», analyse la Cour des comptes. «Cet éparpillement et la cohabitation de dispositifs multiples sont source de confusion et de disparités de traitement peu compréhensibles pour les usagers», tance l’institution. Sans compter qu’ils «ne permettent pas de mesurer l’investissement public et génèrent des coûts de coordination, des ruptures de parcours ou des redondances qui nuisent à leur efficacité».
60% des jeunes ont des difficultés à trouver un logement
Pourtant, qu’elle soit étudiante ou active, «la jeunesse se caractérise par sa mobilité et par des revenus plus faibles et instables que les autres classes d’âge», rappelle la Cour des comptes. Un sondage qu'elle a mené auprès de 1 011 jeunes âgés de 15 à 25 ans fait ainsi état de difficultés à trouver un logement pour 60% d’entre eux. Le niveau des loyers, qui pèse pour 68% dans ces difficultés, est le premier obstacle, suivi par le manque de logements disponibles (38%) et le refus des propriétaires de louer à des jeunes (37%). Par ailleurs, principalement logés dans le parc locatif privé, «les jeunes ont statistiquement plus de risques de résider dans une passoire énergétique», relève le rapport. Ce qui les «expose particulièrement» au risque de retrait du parc locatif privé des logements qui ne seraient pas rénovés dans les délais prévus par la loi Climat et résilience. Les logements notés G sur le diagnostic de performance énergétique (DPE) sont en effet interdits de mise en location depuis le 1er janvier 2025. Une interdiction qui concernera les biens notés F à partir de 2028, puis ceux classés E à compter de 2034.
Pour tenter de résoudre le problème d’une politique du logement qui «peine à prendre en compte les jeunes dans leur globalité», la Cour des comptes préconise la désignation, au niveau national, «d’un chef de file chargé de proposer une analyse régulière de la situation des jeunes vis-à-vis du logement et de promouvoir le dialogue et l’échange d’expériences entre les territoires». «Mon ministère a réuni l’ensemble des acteurs (du logement) dans une même ambition de développement de l’offre aussi bien pour les jeunes actifs que pour les étudiants (et il) s’attache à outiller les territoires en s’appuyant sur les associations de collectivités», assure la ministre du Logement, Valérie Létard, dans sa réponse au rapport.




















