Voilà un taxi au curieux sens de l’orientation. Il arrivait en effet à ce chauffeur du Béarn, conventionné avec la Sécu, de parcourir 56 kilomètres pour un trajet effectué entre Arros et Pau. Un coup d'œil aux cartes Michelin suffit pourtant à voir qu’il en faut… quatre fois moins. Comme le journal «Sud Ouest» s’en est fait l’écho, ce chauffeur des Pyrénées-Atlantiques a d’ailleurs sacrément fait flamber son compteur, et facturé en trois ans pas moins de 1.470 courses frauduleuses à la CPAM (Caisse primaire d'assurance-maladie) locale, pour un total de 170.000 euros. Plutôt salé! Comme à chacune de ces affaires, dans le coin, c’est la sidération. «Je le connaissais de vue, mais comment aurait-on pu savoir?, soupire un confrère de Serres-Castet, une commune proche. Ça nous a tous choqués, c’est quand même assez gros ce qu’il a fait… Et ça met le doute sur les collègues.»

Tous les professionnels de santé ne se comportent bien sûr pas de la sorte. Mais il faut bien reconnaître que certains d’entre eux ont la main lourde quand il s’agit de facturer leurs actes à l’assurance-maladie. Qu’ils soient médecins généralistes, infirmiers libéraux, pharmaciens, transporteurs, kinés, ces brebis galeuses ne constituent, les chiffres le prouvent, qu’une minorité. Mais leurs dérives pèsent à elles seules près des deux tiers de la fraude à la Sécurité sociale détectée. Le dernier tiers provenant des abus commis par les patients eux-mêmes.

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«Dans l’imaginaire collectif, la fraude, c’est l’assuré bénéficiant de droits indus. En réalité, c’est avant tout un sujet qui concerne les professionnels de santé», confirme Marc Scholler, directeur délégué de l'audit, des finances et de la lutte contre la fraude à la Cnam (Caisse nationale de l'assurance-maladie). Il faut dire qu’avec ses 230 milliards d’euros de dépenses de santé, qui en font l’un des systèmes les plus généreux du monde, la Sécurité sociale jongle tous les jours avec 60 millions d’assurés, 3 millions d’employeurs et des centaines de milliers de professionnels de santé.

«Rien que pour nos principales prestations, à savoir le remboursement des soins de ville, ce sont 1,4 milliard d’opérations unitaires, c’est monstrueux. Et le principe, c’est d’assurer un remboursement rapide», rappelle le directeur. Forcément, cette poule aux œufs d’or aiguise l’appétit des escrocs, qui multiplient les techniques: surfacturation, actes imaginaires ou inutiles, non-respect de la nomenclature, parfois même cabinets fictifs ou véritables trafics d’ordonnances, de médicaments ou d’arrêts de travail. Cette fraude professionnalisée prend 1.000 visages.

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