Que signifie l’expression « Autant pour moi » ou « Au temps pour moi » ?

Une expression à l'orthographe souvent erronée

S’il est une formule en français qui « divise », c’est bien celle-là ! Si vous prononcez l’expression, attendez-vous à voir un sourire se dessiner sur le visage de votre patron ou de votre collègue qui vous demandera : « Ah oui, et comment tu l’écris ? » En réalité, la forme correcte, du point de vue normatif, est : « au temps pour moi », et non « autant pour moi ».

« Autant pour moi » ou « Au temps pour moi » : définition et signification

L’expression « au temps pour moi » est une locution adverbiale utilisée pour reconnaître une erreur, admettre une faute de raisonnement ou corriger ce que l’on vient d’affirmer. Elle équivaut à : « je me suis trompé(e) », « je reconnais mon erreur ». Elle est employée à l’oral comme à l’écrit, avec une valeur d’excuse ou de rectification immédiate.

« Au temps pour moi » : quelques exemples dans le langage courant

Utilisée le plus souvent à l’oral, mais tout à fait recevable à l’écrit, l’expression « au temps pour moi » marque une correction spontanée, parfois accompagnée d’une excuse légère, et permet de rectifier une affirmation sans alourdir le discours. On la rencontre dans les échanges professionnels ou informels. Voici quelques exemples :

  • « Désolé, au temps pour moi. »
  • « Je me suis trompé(e), au temps pour moi. »
  • « Ah pardon, au temps pour moi. »
  • « Au temps pour moi, j’avais mal compris la consigne. »
  • « Au temps pour moi, la réunion a bien lieu demain et non aujourd’hui. »
  • « Je pensais que le dossier était clos, au temps pour moi. »
  • « Au temps pour moi, vous aviez raison sur ce point. »

Quelle est la différence entre « au temps pour moi » et « autant pour moi » ?

« Autant pour moi » : un usage fautif

« Autant pour moi » est très répandu à l’oral et se rencontre à l’écrit. Mais il est considéré comme fautif dans le registre soigné, car « autant » exprime une idée de quantité ou d’égalité (« autant que »), absente ici. Les dictionnaires et grammaires de référence le signalent comme une confusion ou une altération populaire de l’expression d’origine.

Raisons de cette contre-écriture

Plusieurs commentaires linguistiques mentionnés par le Projet Voltaire expliquent que certains auteurs et grammairiens ont historiquement émis l’hypothèse que la forme « autant pour moi » pourrait être la forme primitive, ou du moins expliquer l’expression par analogie à « autant que moi ».

Cette interprétation n’a pas de base historique solide dans les sources anciennes attestées pour cette locution particulière (le sens figé de reconnaissance d’erreur).

Quelle est l’origine d’« au temps pour moi » ?

Au temps pour moi : une expression d’origine militaire

L’origine de l’expression « au temps pour moi » est discutée, mais la thèse militaire est aujourd’hui la plus solidement étayée par les dictionnaires et les institutions linguistiques de référence. Selon le Larousse et l’Académie française, l’expression proviendrait du langage militaire (vocabulaire du commandement rythmique), où le mot « temps » désigne une séquence d’un mouvement exécuté collectivement.

Dans ce contexte, l’injonction « au temps ! » signifie reprendre le mouvement depuis le début, parce qu’un décalage ou une erreur s’est produite. Lorsqu’un officier constatait que l’erreur venait de lui, il pouvait dire, par extension : « au temps pour moi », c’est-à-dire « l’erreur est de mon fait, reprenons correctement ».

Point important

L’anecdote du commandant reconnaissant une erreur est illustrative, mais non documentée historiquement. Les linguistes parlent donc d’une explication fonctionnelle, et non d’un épisode attesté.

Du sens technique au sens figuré

À l’origine, l’expression est strictement technique :

  • « au temps pour les crosses » ;
  • « au temps pour la charge » ;
  • « au temps !(reprendre l’exercice) ».

Progressivement, le sens de « c’est à reprendre » a glissé vers un emploi figuré, détaché du cadre militaire, pour signifier : « Je reconnais que je me suis trompé et je corrige. » C’est ce sens figuré qui s’impose dans la langue courante au début du XXᵉ siècle.

Les premiers usages d’Au temps pour moi

La première occurrence clairement attestée dans un ouvrage publié est attribuée à Roland Dorgelès, dans Le Réveil des morts (1923). Cette attestation est mentionnée par les ouvrages de référence (notamment le Larousse et le CNRTL) comme le plus ancien emploi littéraire connu de l’expression sous cette forme exacte.

L’expression est ensuite employée de manière particulièrement claire par Jean-Paul Sartre, en 1939, dans la nouvelle Le Mur. Sartre écrit : « Il avait fait une erreur dans un raisonnement délicat et avait dit gaiement : au temps pour moi. » Cette citation est devenue un exemple canonique, fréquemment repris par les sites de référence.

Comment l’expression « au temps pour moi » ou « autant pour moi » est-elle expliquée par le Larousse ou le Projet Voltaire ?

Ce qui dit le Larousse

Selon le Larousse, l’injonction « au temps ! » servait à demander à un groupe de reprendre un mouvement depuis le début lorsqu’une erreur avait été commise pendant une manœuvre ou un exercice en plusieurs temps. Cet emploi militaire s’est figuré : l’expression signifie aujourd’hui « je reconnais mon erreur et je la rectifie ».

Larousse considère « au temps pour moi » comme la forme correcte : c’est celle qui s’aligne sur l’origine historique et technique de la locution.

Ce que dit le Projet Voltaire

Le site du Projet Voltaire rappelle que l’origine de l’expression remonte à la locution technique « au temps ! », utilisée pour ordonner la reprise d’un mouvement en militaire. Cette locution a donné par extension la forme « au temps pour moi », qui s’utilise pour admettre qu’on s’est trompé et annoncer qu’on remet les choses dans le bon ordre.

Le Projet Voltaire documente aussi le débat autour de la graphie « autant pour moi », qui, bien que fréquente dans l’usage oral, est traditionnellement considérée comme une altération ou confusion avec la forme historique.

Comment écrire correctement « au temps pour moi » ou « autant pour moi » ?

« Autant pour moi » ou « Au temps pour moi » : la bonne orthographe selon l’Académie française

Pour l’Académie française, la seule graphie valable est « Au temps pour moi ! » : « Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l’expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, dans laquelle au temps ! […] L’origine de cette expression n’étant plus comprise, la graphie “Autant pour moi” est courante, mais rien ne la justifie. »

« Autant pour moi » : une alternative possible

On retrouve la trace d’une formule similaire en 1640, dans Curiositez françoises pour supplément aux dictionnaires d’Antoine Oudin, qui évoque « Autant pour le brodeur » et la définit comme une moquerie pour réfuter ce que l’on est en train de dire. Certains linguistes estiment donc que les deux expressions peuvent coexister, avec une nuance de sens :

  • « Au temps pour moi ! » pour « reprenons au moment où je me suis trompé ».
  • « Autant pour moi ! » pour « j’ai moi aussi commis une erreur en voulant vous corriger ».

Cette expression ancienne n’a pas le sens moderne de reconnaissance d’erreur personnelle. Elle relève plutôt de la réfutation ironique, adressée à autrui.

Une hypothèse linguistique moderne : deux expressions distinctes

À partir de cette attestation ancienne, certains linguistes contemporains (notamment descriptivistes) ont avancé l’idée suivante :

  • « Au temps pour moi » est une expression issue du vocabulaire militaire, qui signifie : « reprenons à l’endroit précis où je me suis trompé ».
  • « Autant pour moi » est une expression fondée sur « autant » (quantité, égalité), qui peut vouloir dire : « moi aussi », « la même chose m’arrive », ou « j’ai également commis une erreur ».

Dans cette perspective, les deux graphies ne seraient pas des variantes, mais deux expressions distinctes.

Les limites de cette interprétation

Cette hypothèse présente plusieurs limites. D’abord, il n’existe aucune preuve textuelle établissant un lien direct entre « autant pour le brodeur » (XVIIᵉ siècle) et « autant pour moi » au sens moderne. De plus, les premières occurrences incontestables de la formule moderne apparaissent toujours sous la forme « au temps pour moi ».

Existe-t-il des synonymes pour « au temps pour moi » ou « autant pour moi » ?

Il existe plusieurs synonymes ou expressions équivalentes à « au temps pour moi », selon le registre de langue et le contexte d’usage. Elles permettent toutes d’exprimer la reconnaissance d’une erreur ou une rectification immédiate, sans employer la formule consacrée.

Registre courant ou neutre

Dans la majorité des situations professionnelles ou informelles, il est possible de remplacer l’expression « au temps pour moi » par des formulations simples et directes. Ces expressions ont l’avantage d’être vite compréhensibles, sans nuance familière excessive :

  • « Je me suis trompé(e). »
  • « Je reconnais mon erreur. »
  • « Je me corrige. »
  • « Je rectifie. »
  • « C’est une erreur de ma part. »

Registre familier

À l’oral, dans un échange détendu, on recourt fréquemment à des tournures plus brèves et expressives. Elles traduisent une reconnaissance immédiate de l’erreur, souvent sur un ton léger ou implicite. Ces expressions restent toutefois à éviter dans un écrit formel ou professionnel.

  • « Pardon, je me suis trompé(e). »
  • « Oups, erreur de ma part. »
  • « Mea culpa. »
  • « Mon erreur. »
  • « C’est moi qui ai fait une erreur. »

Registre soutenu ou professionnel

Dans un contexte académique, institutionnel ou dans un écrit soigné, il est préférable d’utiliser des formulations plus développées. Ce bon usage permet de reconnaître une erreur tout en conservant une distance, une politesse et une précision conformes à ces registres.

  • « Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour cette erreur. »
  • « Je reconnais une inexactitude dans mon propos. »
  • « Permettez-moi de corriger ce point. »
  • « Après vérification, je rectifie ce que j’ai indiqué précédemment. »

Expressions proches sans reconnaissance explicite de faute

Certaines formulations ne consistent pas à admettre directement une erreur personnelle, mais plutôt à ajuster, préciser ou reformuler un propos. Elles sont particulièrement utiles dans les écrits explicatifs, analytiques ou pédagogiques.

  • « Correction : … »
  • « Pour être exact… »
  • « Plus précisément… »
  • « Je précise. »

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