Traditionnellement, les territoires d’Outre-mer sont un refuge pour certains voyageurs une fois l’hiver venu. Quand le thermomètre gèle en métropole, aux Antilles ou dans l’Océan Indien, le mercure peut grimper jusqu’à 45 degrés. Mais depuis une petite dizaine d’années, les professionnels du tourisme spécialisés dans ces destinations insulaires observent un inversement de la tendance. L’accélération du dérèglement climatique et la hausse des températures en été en Europe, particulièrement dans le bassin méditerranéen, transforment les pratiques touristiques. «Le paradigme change, les gens fuient les canicules l’été et l’on constate un tourisme plus climatique», avance Didier Sylvestre, directeur général adjoint chargé du marketing d’Exotismes, entreprise spécialisée dans les tours opérateurs depuis 35 ans.

Selon les experts de l’ONU sur le climat (GIEC), il est «quasi certain» que la fréquence et l’intensité des chaleurs extrêmes ainsi que la durée des canicules ont augmenté depuis 1950 et vont continuer avec le réchauffement climatique. D’ici 2050 en Europe, environ la moitié de la population pourrait être exposée pendant l’été à un risque élevé ou très élevé de stress thermique, et le nombre de morts liés au stress thermique pourrait doubler, voire tripler, avec un réchauffement compris entre +1,5°C et +3°C.«Déjà en 2003, lors de l’historique canicule qui marqua tous les esprits, j’étais parti sur l’île de La Réunion. Là-bas, il faisait 25 degrés tandis qu’à Marseille, où je vis, c’était l’enfer», se souvient Didier Sylvestre. Cette situation climatique a créé un nouveau type de touristes qui, comme lui, ont pris le réflexe de partir dans les îles l’été, ce qui correspond à la basse saison.

«Coolcation» : des vacances au frais et sans se ruiner

En 2023, l'institut de sondage Ifop révélait dans une étude que 56 % des Français envisagent un changement de leurs habitudes de voyage en raison des fortes chaleurs. Mais les adeptes de la «coolcation» (terme anglais signifiant «vacances au frais») ne se limitent pas aux îles et partent à la recherche de pays encore épargnés par la fournaise. À titre d'exemple, le nombre de nuitées d'étrangers a augmenté de 22 % en Norvège et de 11 % en Suède à l'été 2023.

Mais les conditions climatiques ne sont pas les seules à peser dans la balance. En raison de l’inflation, seulement 46% des Français sont partis en vacances cet été, soit 3% de moins qu’en 2022. Le budget à allouer aux congés reste la priorité, ce qui explique aussi l’accroissement des départs vers les îles en basse saison. «Les prix des séjours passent du simple au double selon que vous partiez en basse (juin à septembre) ou en haute saison (décembre à avril), si on prend en compte la typologie de voyages choisis par nos clients, majoritairement des retraités ou des CSP+», affirme Didier Sylvestre. Et puis, l’inflation a aussi eu pour conséquence de diminuer le standing souhaité par les clients. «Ceux qui réservent un hôtel cinq étoiles sont passés à quatre, et ainsi de suite…», constate Didier Sylvestre.

Mais cet effet de report permet aussi «à une nouvelle clientèle possédant des moyens plus modestes de pouvoir s’offrir les îles», se félicite notre expert. Pour un séjour d’une semaine, vols, transfert et hébergement compris, dans un hôtel standard de charme en Guadeloupe par exemple, il faut compter 590 euros entre juin et septembre, contre 1250 euros en haute saison. «Le tarif pour un voyage d’une durée et d’un standing similaire dans les îles en basse saison est même moins cher qu’en Grèce en plein été !», s’exclamait, mardi 3 septembre à l’occasion du bilan 2024 de la marque, Gilbert Cisneros, cofondateur d’Exotismes. Cette désaisonnalisation des vacances sur les îles profitent aussi aux populations locales qui peuvent profiter de l’économie du tourisme toute l’année.