«On est en train de totalement sortir de la route (…) On est en train de marcher sur la tête.» La diatribe du patron de Saint-Gobain est aussi véhémente qu’inquiétante sur les prix de l’électricité. Invité de BFM Business jeudi 20 mars, Benoît Bazin a critiqué ouvertement EDF et ses tarifs qui ont des répercussions sur les entreprises françaises. Rappelant que l’électricité était «le premier facteur de compétitivité», le PDG de Saint-Gobain ne comprend pas comment «une entreprise nationale qui a une mission de service public sur la compétitivité de l'industrie» peut pratiquer de tels tarifs aujourd’hui.

Evoquant de possibles futures hausses des tarifs pouvant «doubler», soit «+ 100%», Benoît Bazin brandit la menace de délocalisations si la situation persiste : «Il n'y aura pas de maintien de l'industrie en France voire de réindustrialisation et de décarbonation si on marche sur la tête comme on est en train de marcher sur la tête», fustige le dirigeant. Rappelant aussi que le spécialiste de la production, de la transformation et de la distribution de matériaux a déjà «différé des investissements», Benoît Bazin déplore le manque de «visibilité sur les tarifs de l'électricité au 1er janvier 2026».

EDF ne remplit pas sa mission, déplore Benoît Bazin

Pourquoi une telle sortie ? Car si les tarifs de l’électricité ont baissé de 15% pour une partie des Français au 1er février, les entreprises ne voient pas le bout du tunnel. Et la récente mise aux enchères de quotas d’électricité passe très mal auprès du PDG : «On met aux enchères, de manière aberrante, l'industrie française, je suis extrêmement choqué.» Evoquant «un bras d’honneur à l’industrie française», Benoît Bazin rappelle que le gouvernement «a été très clair» sur l'attente de signatures de contrat à long terme.

Or, selon lui, aujourd’hui, seul 1% des contrats a été signé et il y a «urgence» puisque l’échéance a été fixée au 1er janvier 2026. «L'industrie française ne peut pas fonctionner avec une entreprise nationale qui a été construite avec le contribuable français et qui aujourd'hui ne remplit pas sa mission de partenariat historique avec l'industrie française», rétorque-t-il de manière cinglante.

Un contrat signé avec TotalEnergies

Que ce soit les grandes entreprises ou même les plus petites, comme les boulangers, tous tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. «J’attends que les décisions soient prises», lâche le PDG de Saint-Gobain. Comme l’avaient évoqué Les Echos Investir en décembre dernier, le fabricant de matériaux de construction a signé un contrat avec TotalEnergies pour l’achat d’électricité renouvelable. Elle doit servir à alimenter les sites industriels du groupe dans l’Hexagone. Il prendra justement effet en janvier 2026.