
Ils les surnomment "porch pirates" aux États-Unis, ces voleurs qui guettent et dérobent les colis fraîchement livrés devant les maisons. Mais cette fois-ci, l'histoire est plus complexe. Un réseau criminel particulièrement organisé a réussi à voler des milliers d'iPhone – et d'autres appareils high-tech – en interceptant les livraisons FedEx au moment précis où les colis étaient déposés sur le perron des clients américains.
La combine était astucieuse et parfaitement rodée. Selon le Département américain de la Justice, qui a levé le voile sur l'affaire après des mois d'enquête, treize personnes ont été inculpées pour avoir orchestré ces vols à grande échelle. Le réseau s'appuyait sur une organisation d'une redoutable efficacité, combinant piratage informatique, complicité interne et exécution ultra rapide sur le terrain. On est donc loin ici des petits larcins opportunistes habituels.
Piratage informatique et corruption : un modus operandi inédit
Au cœur du dispositif criminel, on retrouve d'abord le piratage informatique. Un hacker sous le pseudo "CookieNerd" avait mis au point un logiciel à même de contourner les sécurités de FedEx pour récupérer en masse les numéros de suivi des colis. Outil qu'il vendait ensuite sur la messagerie cryptée Telegram avec un mode d'emploi détaillé.
Mais la clé de cette entreprise criminelle reposait aussi sur une complicité interne chez AT&T, opérateur télécom américain largement ciblé par les voleurs. En effet, plusieurs employés d'AT&T auraient été soudoyés pour fournir des informations confidentielles sur les commandes des clients (noms, adresses précises, numéros de suivi des colis…). Ils percevaient entre 2000 et 2500 dollars pour leur complicité, et certains allaient même jusqu'à recruter d'autres employés pour élargir le réseau.
Des voleurs ultra-réactifs aux quatre coins des États-Unis
À partir de ces données précises, le réseau criminel envoyait sur le terrain des individus surnommés "runners". Ces derniers recevaient en temps réel les informations sur les livraisons et se rendaient immédiatement sur place afin d'intercepter les colis tout juste déposés par FedEx. Leur rapidité était telle qu'ils volaient les paquets parfois seulement quelques secondes après le passage du livreur, voire carrément sous les yeux des résidents.
Le butin était conséquent : les malfaiteurs ont subtilisé des milliers d'iPhone, mais également des Apple Watch ou encore des smartphones Samsung. Selon le Département de la Justice, le réseau avait mis en place des points de collecte à Brooklyn et dans le Bronx, avant d'exporter les appareils volés vers des revendeurs à l'étranger.
Ces maladresses qui ont accéléré la chute du réseau
Aussi élaborée soit-elle, l'opération criminelle n'était pas dépourvue de failles. L'une des anecdotes révélées par les enquêteurs est cocasse : deux membres du réseau ont été pris en flagrant délit en tentant maladroitement d'expédier par FedEx des colis remplis d'iPhone volés, en les déclarant comme des "vêtements pour bébé". La sécurité du transporteur a flairé la fraude et confisqué les paquets. Loin d'être découragé, l'un des voleurs a eu l'audace de contacter le service client de FedEx afin de se plaindre du "vol" de ses précieux téléphones.
Si treize personnes ont été arrêtées, le cerveau présumé de l'opération, "CookieNerd", reste en fuite en République dominicaine. Les autorités américaines continuent leurs recherches et n'excluent pas de nouvelles arrestations dans les prochaines semaines. FedEx et AT&T, de leur côté, affirment avoir renforcé leurs protocoles de sécurité, notamment en exigeant désormais plus systématiquement des signatures à la livraison.



















