
Un vrai paradoxe. C'est ce que montre la 8e édition du baromètre de l’Épargne en France et en régions, réalisé par Ifop pour Altaprofits, dévoilée ce 4 juin 2026. D'un côté, 75 % des actifs anticipent une baisse de revenus à la retraite – et selon les précédents baromètres, 85 % sont conscients qu'il faut épargner par soi-même pour compléter sa future pension. De l'autre, 43 % comptent désormais exclusivement sur le système de retraite par répartition pour assurer la totalité de leurs revenus une fois retraités. Ce dernier chiffre bondit de 15 points en un an. En plus de cela, ils sont 39 % à compter en majorité sur le système de retraite français, avec un complément par capitalisation (8 points de moins que l'année dernière).
Une bascule qui arrive dans une ambiance morose quand on évoque la retraite. Selon l'étude, menée fin mars auprès de 2 412 personnes, 70 % des actifs ignorent le montant qu'ils toucheront à la retraite. Les 50-64 ans, eux, sont 82 % à craindre une baisse de revenus à la retraite. Alors comment se fait-il qu'ils soient 15 % de plus à s'en remettre à l'État pour leur pension ? « Ce n'est pas par regain de confiance dans le système, c'est par contrainte », estime Catherine Baudeneau, porte-parole d'Altaprofits, courtier en placements financiers.
Compter sur le système car on n'a pas le choix
« Cette année, on compte davantage sur le système, mais c'est surtout le cas des populations qui n'ont pas le choix », pointe l'experte. Autrement dit, beaucoup d'actifs aimeraient épargner pour eux-mêmes, mais n'en ont pas les moyens. Faute de pouvoir mettre de l'argent de côté, ils se rabattent sur la seule pension publique, par défaut.
Les chiffres le confirment. Ceux qui basculent vers la répartition exclusive sont d'abord les plus fragiles. 57 % des actifs les plus modestes, qui gagnent moins de 1 080 euros par mois, comptent sur elle seule, soit 19 points de plus qu'en 2025. Même tendance chez les ouvriers (55 %) et chez ceux qui épargnent rarement ou jamais (64 %). Les femmes de 35 ans et plus sont aussi plus concernées que les hommes, à 51 %.
Le PER progresse, mais surtout chez les aisés
La prise de conscience est pourtant réelle, et elle se voit sur le marché. Altaprofits, en tant que courtier, le constate : « Les chiffres du marché montrent bien que les actifs veulent épargner par eux-mêmes, avec la croissance du PER ». Fin 2025, le plan d'épargne retraite, qui permet de se constituer une rente à la retraite notamment, dépassait 150 milliards d'euros d'encours et 12,9 millions de titulaires, en hausse de 20 % sur l'année, selon Bercy et France Assureurs. Le produit est devenu la pierre angulaire de l'épargne retraite individuelle.
Sauf que ce succès profite surtout à ceux qui peuvent épargner. « Les souscripteurs du PER sont les populations aisées. Les catégories moins aisées, tout aussi pessimistes sur leur niveau de vie à la retraite, comptent sur la répartition car elles n'ont pas le choix », résume Catherine Baudeneau. Le paradoxe est là : ceux qui auraient le plus besoin d'un complément de revenus sont ceux qui ont le moins les moyens de le constituer.
Pour Catherine Baudeneau, le message à retenir est de commencer le plus tôt possible, quitte à verser de petites sommes, afin de profiter de l'effet boule de neige des intérêts. Chez Altaprofits, la moyenne d'âge à la souscription du PER est de 51 ans. Pourtant, un euro placé à 25 ans travaille bien plus longtemps qu'un euro placé à 50 ans. « On essaye de faire comprendre qu'il faudrait commencer à préparer sa retraite très tôt. Même avec seulement 50 euros par mois, ça suffit. Mais ce n'est pas encore entré dans les pratiques », déplore-t-elle.



















