
La phrase a fait l’effet d’une bombe. «Si c’est la condition de la stabilité du pays, on doit examiner les modalités et les conséquences concrètes d’une suspension» de la réforme des retraites, a lâché par Elisabeth Borne dans les colonnes du Parisien mardi 7 octobre. La ministre démissionnaire de l’Education nationale et ex-Première ministre, qui avait porté contre vents et marées cette réforme ô combien polémique pendant ses 20 mois à Matignon, se montre aujourd’hui ouverte à revenir sur ce texte. Une réforme dont la principale mesure - très décriée - vise à relever l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Une augmentation progressive déjà en cours depuis le 1er septembre 2023, l’âge légal passant alors à 62 ans et 3 mois pour les personnes nées entre le 1er septembre et le 31 décembre 1961, avant de grimper à 62 ans et 6 mois pour la génération 1962, à 62 ans et 9 mois pour les futurs retraités nés en 1963 puis à 63 ans pour la cohorte de 1964.
Or, la borne de 63 ans serait logiquement celle retenue en cas de suspension de la réforme des retraites, qui s’est donc installée au cœur des négociations dans un hypothétique but de consensus parlementaire sur le vote du budget de la France pour 2026. Le coût d’une telle concession accordée à la gauche et aux syndicats est, lui, connu. «Des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027», a avancé le nouveau (et démissionnaire) ministre de l’Economie Roland Lescure. Plus exactement, «une suspension à 63 ans du relèvement de l’âge légal de départ à la retraite coûterait 500 millions d’euros en 2026, 3 milliards d’euros en 2027 et 5,8 milliards d’euros en 2035», rappelle Bruno Chrétien, le président de l’Institut de la protection sociale (IPS), en se basant sur les projections réalisées par la Cour des comptes en février dernier, avant le lancement de l’infructueux «conclave» sur les retraites. Et le chiffre de 5,8 milliards d’euros ne concerne que le système de retraite, la note grimpant à 13 milliards d’euros en 2035 en s’intéressant au coût total d’une suspension pour les finances publiques (en recettes fiscales notamment), selon les Sages.
La suppression de la réforme des retraites coûterait bien plus cher
La facture pourrait être encore plus salée pour certains travailleurs, avertit Bruno Chrétien, qui verrait dans cette mise sur pause «une décision totalement irresponsable». «Les économies générées par la réforme doivent par exemple permettre d’améliorer la situation des femmes (calcul des pensions sur les 23 ou 24 meilleures années de salaire entre autres, NDLR). Si on suspend la réforme, il n’y aura plus les moyens pour mettre ces mesures en œuvre ou il faudra “gratter” de l’argent ailleurs.»
Et certaines voix, comme celle de Sophie Binet à la CGT, continuent de s’élever pour aller plus loin, et supprimer purement et simplement la principale mesure de la réforme des retraites en revenant donc à un âge légal de départ à 62 ans. Or, «l’augmentation de l’âge légal fait essentiellement le poids des économies de la réforme», alerte l’économiste. Des gains de l’ordre de 10,3 milliards d’euros en 2025 (6,2 milliards une fois les mesures d’accompagnement déduites, comme le relèvement du minimum de pension ou le renforcement du dispositif carrières longues), et qui doivent culminer à 17 milliards d’euros (11,8 milliards nets des mesures d’accompagnement) en 2030, chiffre Bruno Chrétien.
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