
C’est un statut qui fait rêver. Selon une étude du Medef publiée en mars dernier, un Français sur quatre envisage de se mettre à son compte. Soit 13,5 millions de personnes tentées de dire non au salariat. Et ils sont nombreux à avoir franchi le pas : fin 2022, plus de 4,4 millions d’indépendants dirigeaient ainsi leur propre entreprise, selon une vaste enquête de l’Insee sur les revenus des indépendants publiée ce mercredi 21 mai. Parmi eux, 1,77 million de auto-entrepreneurs – rebaptisés micro-entrepreneurs depuis 2014.
Il faut dire que la formule a de quoi séduire : entre autres avantages, une franchise de TVA particulièrement avantageuse (et menacée ces derniers mois par un discret amendement au budget 2025), une comptabilité réduite au strict minimum et une exonération partielle des cotisations sociales durant la première année. Et avec le doublement des plafonds de chiffres d’affaires ouvrant droit au statut début 2018, le régime a connu un vrai boom : «+14 % par an en moyenne entre 2017 et 2022», précise le rapport.
Un salaire mensuel de 670 euros en moyenne
Malgré cela, la vie de petit indépendant est loin d’être un long fleuve tranquille. Notamment lorsqu’il est question de fiche de paie. En 2022, un indépendant «classique» (donc hors du régime de la micro-entreprise) gagnait en moyenne 4 030 euros par mois – «soit 11,7% de plus qu’en 2013», souligne l’Insee. Les micro-entrepreneurs, eux, peinent à joindre les deux bouts : leur revenu mensuel moyen plafonne à 670 euros… soit six fois moins que leurs homologues. Pire encore : la moitié d’entre eux touche moins de 340 euros par mois. Des montants dérisoires, «liés à la nature de ce régime, qui impose des plafonds sur le chiffre d’affaires», avance l’institut statistique. Résultat : pour survivre, près d’un tiers (31%) d’entre eux combinent activité indépendante et emploi salarié classique – contre seulement 9% chez les non-salariés traditionnels.
Pour 7 micro-entrepreneurs sur 10 (69%), cette activité est donc leur seule source de revenu. On peut par exemple penser aux chauffeurs VTC, dont 95% relèvent du statut de micro-entreprise. Or, ces derniers dépendent bien souvent d’un unique donneur d’ordres : Uber, Bolt ou encore G7. On dit alors qu’ils sont «économiquement dépendants». Ainsi, si la plateforme décide de couper les ponts, c’est toute leur entreprise qui s’effondre. Une situation d’autant plus critique en cas de chômage… car les micro-entrepreneurs, contrairement aux salariés, ne cotisent pas au régime d'assurance chômage de l’Unédic, en charge de l’indemnisation des allocataires. En cas de coup dur, ils n’ont donc aucun filet de sécurité.
Des trimestres de retraite pas toujours validés
Et même s’ils ne connaissent pas de période de chômage, leurs faibles revenus peuvent parfois ne pas suffire lorsqu’ils veulent raccrocher le statut de petit indépendant. Car pour valider les trimestres d’assurance vieillesse, il faut avoir réalisé des montants minimaux de chiffre d’affaires au cours de l’année d’activité. «Par exemple, si un micro‑entrepreneur réalise au cours de l’année 2022 un chiffre d’affaires en prestations de services d’au moins 12 030 euros, il peut valider quatre trimestres d’assurance vieillesse (soit une annuité complète)», illustre l’Insee. Un seuil parfois difficile à franchir pour bon nombre d’entre eux, dont les petits revenus d’aujourd’hui se traduiront par une retraite rabotée demain.



















