
De la griffe Balzac Paris on connaît le succès insolent : le chiffre d’affaires de 30 millions d’euros, communiqué lors de la dernière et deuxième levée de fond en juin 2024, la croissance annuelle de 30% par an depuis son lancement en 2014, les quatre boutiques parisiennes, un premier espace en province à Toulouse, avant Bordeaux et Lyon prochainement. Ce qu’on sait moins en revanche, c’est que derrière cette entreprise de prêt-à-porter florissante se cache une histoire de famille, et surtout de sœurs.
En effet, Chrysoline de Gastines, cofondatrice de Balzac avec Charles Fourmaux et Victorien de Gastines (son époux NDLR), et créatrice du style Balzac Paris, est la quatrième d’une fratrie de cinq sœurs. L’anecdote pourrait s’arrêter là si les cinq n’avaient pas reçu en héritage la bosse du succès et de l’entreprenariat. Une sorte de package de naissance mêlant bon goût, sens des affaires et réussite. Un cercle vertueux chargé de bonnes ondes, avec la famille comme vertu cardinale. Issues de la bourgeoisie lilloise – leur père, Hubert Delcourt, est un banquier d’affaires à la retraite – toutes (ou presque) ont un business dans la mode : Céline, l’aînée, 45 ans, a commencé dans l’évènementiel, avant de monter en 2010 Ma Prune Céleste, une marque de prêt-à-porter pour femmes et enfants.
Un business en famille
De dix-huit mois sa cadette, Clémentine lance Apaches Collections à peu près à la même période, également avec du prêt-à-porter pour toute la famille, mais aussi du linge de maison. Pour un œil néophyte, les deux marques sont proches, mais elles n’ont pas du tout la même ampleur : Ma Prune Céleste propose des mini-séries basées sur du zéro stock, avec une production quasi artisanale et une croissance raisonnée, quant à Apaches Collections, si la marque revendique aussi une production responsable, elle affiche un joli chiffre d’affaires de 2,6 millions d’euros et un réseau de 300 revendeurs en France et en Europe.
Quant à Capucine, la troisième dans l’ordre de naissance, en 2015, elle cofonde avec Victoire Roussel, la meilleure amie de Chrysoline, Gazette RP, un bureau de presse et de communication, où travaille également sa sœur Gwendoline, 35 ans et benjamine de la fratrie. Ce bureau s’enorgueillit aujourd’hui de s’occuper de 20 clients, parmi lesquels la marque de déco Alinéa, les cosmétiques Dr Hauschka, le prêt-à-porter Cyrillus et, bien évidemment, Balzac Paris.

La boucle serait presque bouclée, si on n’omettait de préciser que Charles Fourmaux est à la fois l’ami d’enfance de Victorien de Gastines, et l’époux de Capucine Delcourt. Difficile de suivre ? Et quand on fait remarquer à l’intéressé que ces liens peuvent avoir l’air de ceux d’une mafia, il déclare : «Ça fait partie de la culture du Nord, et plus particulièrement de Lille, d’entretenir une forme d’entraide. On a un truc de proximité avec tous les gens de cette région.»
Culture ou éducation, on retrouve aussi cette proximité au sein de la fratrie, les cinq filles se voyant toutes très fréquemment. «Bien sûr, il peut y avoir des disputes, comme dans toutes les familles, mais les sœurs Delcourt sont assez cash et sincères pour se dire les choses», ajoute Charles Fourmaux. Elles peuvent aussi compter les unes sur les autres : au tout début de Balzac, c’est Clémentine, fondatrice d’Apaches Collections, qui gérait la confection des premières commandes de nœuds papillon. «C’est aussi Gwendoline qui a trouvé le nom», rappelle Charles. Encore aujourd’hui, si chacune à son business, rien n’est cloisonné : «Clémentine m’a appelé il y a quelques jours pour discuter logistique.»
Comment expliquer cette réussite familiale ?
Évidemment il faut se tourner vers la sphère parentale pour comprendre leur socle de valeurs communes. Tandis que le père Hubert est issu d’une lignée d’entrepreneurs lillois dans le textile, parle économie et entreprenariat à la maison, Laurence, la mère, pratique la couture avec les deux plus âgées, et court les musées avec les cadettes. C’est sans doute aussi à elle que Balzac Paris doit la force de son imprimé léopard ou son sens du style bourgeois décalé. Permissifs ce qu’il faut, les parents confessent toutefois avoir eu plus de fil à retordre avec Chrysoline, considérée comme la rebelle de la famille. Une forme de défiance qui a sans doute porté la jeune femme, déterminée à monter une marque globale, et qui, après avoir récemment lancé Balzac Beauté et ouvert un corner au Galeries Lafayette, regarde aussi du côté de l’étranger.

Si la marge de progression est réelle, puisque Balzac Paris réalise seulement 10% de son chiffre d’affaires à l’étranger, il faudra pourtant encore attendre quelques années avant une ouverture possible hors de l’Hexagone. D’ici là, les jeunes femmes, toutes adeptes des réseaux sociaux, continueront d’inspirer leur communauté avec leur traditionnelle semaine de vacances estivale, où toute la famille, la vingtaine de petits-enfants comprise, se réunit autour des grands-parents. «Je suis fascinée par cette tribu, cette sororité très soudée comme une équipe dans laquelle chacune mène une vie de femme, mère et d’entrepreneuse. Leurs photos de vacances tous ensemble autour des parents me séduisent totalement», conclut Carole Tolila, journaliste, coprésentatrice de l’émission «Silence ça pousse !» et amie des sœurs Delcourt.
En chiffres
- 30 millions d’euros de CA pour Balzac
Malgré un contexte difficile, Balzac Paris affiche une belle progression en 2024.
- 0 Stock pour Ma Prune Céleste
La marque de Céline Heye produit des miniséries confectionnées sur commande.
- 50% de croissance pour Apaches Collections
La griffe de prêt-à-porter a fait preuve d’une belle santé sur les deux dernières années.
- 4 boutiques Balzac à Paris
Et une également à Toulouse. Des ouvertures sont prévues à Bordeaux et à Lyon.
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