
Moody’s abaissera-t-elle aussi la note de la France ? L’agence de notation doit rendre son verdict vendredi 24 octobre, date du début de l’examen du projet de loi de finances à l’Assemblée nationale. Moody’s classe actuellement la France en Aa3, soit l’équivalent d’un AA- pour les autres agences, avec perspective stable. Elle pourrait décider d’abaisser seulement la perspective à «négative» ou de diminuer la note.
Le 17 octobre, trois jours après la présentation du budget 2026, Standard & Poor’s a de nouveau abaissé la note de la dette française de AA- à A+. La société d’analyse financière a justifié sa décision estimant qu’«en l’absence de mesures supplémentaires significatives de réduction du déficit budgétaire (...) l’assainissement budgétaire sur notre horizon de prévision sera plus lent que prévu précédemment, même si l’objectif de déficit des administrations publiques de 5,4% du PIB pour 2025 sera atteint». «Malgré la présentation (...) du projet de budget, l’incertitude sur les finances publiques françaises demeure élevée», a ajouté l’agence.
Pour le ministre de l’Economie, Roland Lescure, la décision de Standard & Poor’s est «un nuage supplémentaire qui s'ajoute à un bulletin météo déjà assez gris». Le membre du gouvernement Sébastien Lecornu a vu dans cette dégradation «un appel à la lucidité, à la responsabilité», incitant les parlementaires français à «voter le budget» en temps et en heure. Avant Standard & Poor’s, Fitch a, la première, abaissé la note de la France d’un cran de AA- à A+, le 12 septembre.
Vers un abaissement de la note de la France par Moody’s ?
Moody’s a déjà prévenu qu’une nouvelle détérioration des finances publiques françaises ou un retour en arrière au sujet de la réforme des retraites seraient «négatifs pour le crédit». Or, lors de sa déclaration de politique générale, Sébastien Lecornu a annoncé la suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028 afin d'éviter la censure des oppositions.
En parallèle, le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé la prévision de croissance française pour 2026 de 1,4% à 0,9% avec des conséquences sur l’envol de la dette et le creusement du déficit public. «Il serait donc assez logique que Moody’s dégrade la note», relève Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management, rapporte l'AFP. Simplement abaisser la perspective «serait moins facile à expliquer». Quant à maintenir la note et la perspective inchangées, cela induirait pour Moody's «une forte perte de crédibilité, et c'est donc moins plausible», selon l'économiste.
A l’inverse, Paul Chollet, chef économiste de la salle des marchés du Crédit mutuel Arkéa, mise plutôt sur un simple abaissement de perspective, «tout en alertant sur l'incertitude politique forte et la trajectoire des finances publiques inquiétante». La différence entre Moody's et les autres, souligne-t-il, est qu'elle rend son avis à un moment où on a «un gouvernement qui peut tenir quelque temps, (surtout) si le budget venait à être voté le 31 décembre».
Selon l'économiste, les marchés traitent actuellement la dette française au niveau d'une note A ou A-, le bas de la fourchette «moyenne supérieure». Il ne s'inquiète cependant pas trop : «Certes, il y a un peu de risque français, mais aussi une très grande confiance du marché dans la capacité de la BCE (Banque centrale européenne) à réagir rapidement» si les taux d'intérêt d’un pays venaient à décoller brusquement. L'économiste observe aussi que, malgré sa situation politique inquiétante, la France conserve des atouts : «Une démographie encore dynamique, une économie diversifiée, et une technologie de pointe.»



















