Le ministre de l’Economie balaye d’un revers de la main la proposition des socialistes. La France n’a «pas besoin d’un emprunt, qui plus est forcé» auprès des foyers les plus riches, a réagi Roland Lescure mercredi 26 novembre sur France Inter, interrogé à ce sujet. En effet, un amendement du parti socialiste parmi les 1 700 déposés par les sénateurs au projet de loi de financement (PLF) vise à contraindre les plus aisés à faire crédit à l’Etat.

La mesure concernerait environ 20 000 foyers selon le journal Les Echos, qui a pu consulter l’amendement en question. Les contribuables dont le revenu imposable est supérieur à 1 million d’euros ainsi que ceux dont le patrimoine est d’au moins 10 millions d’euros devront alors prêter de l’argent à l’Etat, à taux zéro, pour un total de 5 à 6 milliards d’euros. La somme serait remboursée à compter de 2029 et permettrait à l’Etat de ne pas avoir à régler d'intérêts.

La France n’a «pas de problème de financement», assure Roland Lescure

«Le ministre des finances, quand il se lève le matin, il a quand même pas mal de problèmes à régler. Heureusement, il y en a un qui ne lui pose pas de problème, c’est le financement de la dette», a assuré Roland Lescure mercredi. «Aujourd’hui, les gens continuent de prêter à la France, et c’est tant mieux», a ajouté le patron de Bercy.

«Que les socialistes soient nostalgiques des années Mitterrand, je le comprends. La dernière fois qu'on a fait ça, c'était le gouvernement Mauroy en 1983. Qu'on puisse examiner toutes les formes (...) créatives, innovantes, de financement de la dette de l'État, pourquoi pas. Mais attention, aujourd'hui, je n'ai pas de problème de financement. Je ne compte pas en avoir l'année prochaine non plus», a poursuivi Roland Lescure.

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a elle aussi réagi à cette proposition assurant que le gouvernement n’avait «pas tranché de position» sur cet amendement qu’il regardait «avec bienveillance». «Il faut qu’on regarde avec les socialistes les modalités de mise en œuvre», a-t-elle indiqué lors du compte rendu du conseil des ministres, avant de rappeler la position du «socle commun» qui s’oppose à toute taxe qui «viendrait détruire l’emploi, grever l’innovation, freiner tout ce qui fait la croissance française et la réussite des entreprises françaises».

De son côté, le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, interrogé par l’Agence France presse, a assuré : «Ce n'est pas une taxe, ce n'est pas un impôt. C'est du patriotisme fiscal, certes obligatoire, mais qui ne va impacter qu'à la marge les plus grandes fortunes». «C’est une contribution exceptionnelle, de l'argent frais qui rentre et qu'on n'ira pas emprunter sur les marchés à des taux élevés», a ajouté le sénateur PS du Nord, qui a peu d'espoirs de voir sa proposition adoptée au Sénat mais table sur son retour par la suite dans la discussion parlementaire. Un amendement identique a été déposé au Sénat par le groupe écologiste. Les débats commencent jeudi sur le projet de loi de finances, rejeté par l'Assemblée nationale en première lecture.