
Un nouveau terme économique en «-flation» venu des Etats-Unis : après la «shrinkflation» et la «cheapflation», voici l’«eggflation». Quelle que soit la manière de les cuisiner, l’addition est la même pour les Américains : une augmentation de 53% du prix des œufs sur un an (entre janvier 2024 et janvier 2025). Cette hausse impressionnante est issue du dernier rapport sur l'indice des prix à la consommation (IPC), publié par le Bureau des statistiques du travail (U.S. Bureau of Labor Statistics - BLS).
Selon l’institut américain, la douzaine d'œufs de catégorie A coûtait en moyenne 2,52 dollars en janvier 2024 contre 4,15 dollars le mois dernier. Le ticket de caisse pouvant fortement grimper selon les Etats, atteignant parfois une vingtaine de dollars. Cette envolée du prix des œufs devient même virale sur les réseaux sociaux. Ces derniers jours de nombreuses vidéos montrent des Américains, craignant une nouvelle hausse, remplir les chariots de courses de centaines d’œufs. Pour limiter la pénurie, des enseignes comme Costco et Trader Joe’s ont déjà instauré des quotas par client. Une mesure qui rappelle étrangement les restrictions mises en place lors de la pandémie de Covid-19 il y a cinq ans…
Alors comment expliquer cette hausse des prix ? Ces derniers s’envolent à cause d’un autre virus bien connu : la grippe aviaire (H5N1). Depuis trois ans, les Etats-Unis sont confrontés à une épidémie de grippe aviaire qui a mené à l'abattage de 158 millions d'oiseaux depuis trois ans d’après Le Monde. Dans le détail, 18 millions ont été euthanasiés en décembre 2024 et 23 millions en janvier 2025. L'exécution massive des poules pondeuses à cause de l’épidémie entraîne une pénurie d'œufs, d’où l’impact sur le portefeuille des Américains. D’après le quotidien, d’ici juin 2025, près de 15 000 tonnes d'œufs turques seront importés de Turquie.
Le prix des œufs peut-il s’envoler en France ?
Une situation alarmante aux Etats-Unis qui suscite l’inquiétude du Comité National pour la Promotion de l’Œuf (CNPO) en France. Contacté par Capital, Yves-Marie Beaudet, président de l'interprofession, rappelle qu’en France la filière a déjà connu une forte épidémie de grippe aviaire en 2022. Pourtant, «la situation n’est pas comparable avec la situation actuelle aux Etats-Unis», précise l’éleveur de poules pondeuses. Pour l’expert, la France, qui a fait le choix de vacciner les volailles d’élevages en 2024, est pour le moment mieux «protégée» face au virus.
Pour Yves-Marie Beaudet, cette «politique de vaccination massive» est le meilleur moyen de préserver la quantité d'œufs disponible sur le marché national et ainsi limiter «une hausse des prix alimentaires dans le pays». L’autre différence notable soulignée par le président du CNPO est qu’avec la loi Egalim, les prix entre les producteurs et la grande distribution sont encadrés. Toutefois, pour l’éleveur, «s’il n’y a plus de production, peu importe que les prix soient encadrés ou non».
Enfin, le CNPO met en avant que l’industrie agroalimentaire française est différente du modèle américain : «Aux Etats-Unis, il y a des élevages de millions de poules. En France, les élevages sont beaucoup plus petits. Statistiquement, les risques d’une contamination à grande échelle sont plus limités», conclut l’agriculteur.



















